4.8 C
Perpignan
vendredi 23 janvier 2026

spot_img
AccueilVoyageVoici le sentier catalan où 150 brebis grimpent des échelles de fer...

Voici le sentier catalan où 150 brebis grimpent des échelles de fer chaque hiver

Date:

Le souffle court, les mains agrippées au métal gelé d’une échelle verticale, vous fixez le vide sous vos pieds. Ce matin de décembre dans les hauteurs de Mantet, vous suivez la trace d’un berger et de ses 150 brebis sur le dernier sentier équipé vertical du Canigou où la transhumance hivernale se pratique encore par échelles suspendues. À 1 400 mètres d’altitude, le tintement des sonnailles résonne contre les falaises calcaires comme un appel ancestral. Cette ascension de 500 mètres de dénivelé par passages exposés et barreaux métalliques rouillés vous plonge dans une tradition pastorale catalane que peu de randonneurs connaissent.

Jean-Marc, 70 ans, dernier transhumant de ce village de 87 habitants sans route carrossable directe, emprunte ces échelles depuis 1975. Chaque fin décembre, il guide son troupeau vers la bergerie sommitale perchée à 1 600 mètres pour fuir les avalanches des versants nord. Vous découvrez ici l’une des pratiques verticales pastorales les plus spectaculaires des Pyrénées-Orientales.

L’odeur de laine humide se mêle au parfum des hêtres enneigés tandis que vous progressez sur ces installations métalliques datant des années 1930. Le vent tramontane siffle entre les barreaux, amplifiant chaque son dans les gorges étroites de la vallée de la Têt supérieure. Cette expérience physique et sensorielle révèle une Catalogne du Nord authentique, loin des sentiers battus de la côte Vermeille.

Le sentier vertical secret des bergers du Canigou

Des échelles historiques taillées dans la montagne

Le Chemin des Ferrades déploie 200 mètres d’échelles métalliques fixées directement dans la roche calcaire. Ces installations permanentes, construites par les bergers transhumants pour sécuriser l’accès à la bergerie fortifiée, constituent le plus haut passage équipé sans guide obligatoire du massif. Vous enchaînez des passages exposés au-dessus des gorges, avec des sections où l’acier oxydé témoigne de décennies d’usage pastoral. La cotation T4 en fait une randonnée technique mais accessible aux marcheurs expérimentés habitués au vide.

Une architecture pastorale défensive unique

Au sommet, la bergerie du XVIIIe siècle présente des éléments architecturaux surprenants. Ses murs épais en pierre sèche, ses ouvertures étroites comme des meurtrières et sa position dominant les forêts révèlent une fonction défensive contre les prédateurs. Cette construction vernaculaire catalane servait de refuge fortifié aux bergers et leurs troupeaux durant les hivers rigoureux. Aujourd’hui partiellement restaurée en abri d’urgence pour randonneurs, elle conserve l’âme des anciens cortals pyrénéens.

La dernière transhumance verticale des Pyrénées catalanes

Un rituel hivernal observé deux jours par an

Fin décembre, Jean-Marc attache les sonnailles traditionnelles en bronze aux brebis avant l’ascension. Cette descente des ferrades, pratique rare observée uniquement 2 à 3 jours annuels, perpétue un savoir-faire pastoral millénaire. Le troupeau gravit les échelles en file indienne sous la surveillance du berger qui connaît chaque appui rocheux. Vous assistez à un spectacle humain et animal d’une authenticité bouleversante, où la confiance mutuelle entre l’homme et ses bêtes s’exprime verticalement.

Une symphonie métallique portée par les gorges

Le tintement des 150 sonnailles amplifié par l’acoustique naturelle des falaises porte à plusieurs kilomètres dans la vallée. Les habitants de Mantet racontent que ce son annonce l’hiver véritable dans le Conflent. Cette musique pastorale verticale, mêlée aux bêlements et au souffle du vent, crée une ambiance sonore unique aux Pyrénées-Orientales. Vous comprenez pourquoi les anciens surnommaient ce passage l’échelle de Jacob catalane, chemin mystique entre terre et ciel protégeant les troupeaux.

Une expérience verticale réservée aux initiés

Sensations physiques et engagement terrain

L’ascension exige deux heures de montée soutenue avec passages de mains courantes et d’échelles métalliques. Vos mollets brûlent sur les barreaux espacés tandis que la tramontane fouette votre visage à 40 kilomètres-heure. L’exposition constante au vide sur le versant sud-est procure une adrénaline maîtrisée, renforcée par la solitude absolue du lieu en période hivernale. Cette verticalité contraste avec les randonnées classiques du Canigou, offrant une dimension physique et mentale intense.

Immersion dans un territoire pastoral préservé

Depuis les échelles supérieures, vous embrassez la vallée encaissée où serpente la route D14 et les forêts de hêtres couvrant les pentes. Les crêtes enneigées du massif dominent l’horizon oriental tandis que vers l’ouest se dessinent les gorges du Cady. Cette position stratégique explique le choix des bergers pour installer leur refuge sommital. Vous saisissez la logique géographique d’une transhumance verticale dictée par la topographie abrupte du Canigou oriental.

Accès et conseils d’expert pour l’ascension

Rejoindre le départ du sentier équipé

Depuis Perpignan, comptez 1h15 de route via la RN116 puis la D14 sinueuse jusqu’au parking de Mantet à 1 100 mètres d’altitude. Les 50 kilomètres traversent le Conflent avec des restrictions de vitesse et priorité à la montée sur les tronçons étroits. Fin décembre 2025, la route reste praticable mais exige des chaînes recommandées au-delà du village. Stationnement limité à 8 places, arrivée avant 8h conseillée pour garantir une place.

Équipement et période optimale

Prévoyez chaussures de randonnée montantes avec semelles agrippantes pour les barreaux métalliques humides, gants techniques pour manipuler l’acier glacé et vêtements coupe-vent contre la tramontane. Un baudrier léger avec longe sécurise les passages les plus exposés bien que non obligatoire. Les températures oscillent entre 2 et 5 degrés à cette altitude en hiver, avec ressenti négatif au vent. Pour observer la transhumance, contactez la mairie de Mantet qui relaie les dates précises auprès de Jean-Marc, généralement fin décembre selon les conditions nivales.

Alternatives et prolongations autour du Canigou

Découvrez le hameau de Comes où un berger vit isolé avec 230 animaux depuis quarante ans, autre témoignage de pastoralisme extrême du massif situé à 15 kilomètres. Pour une ambiance sonore similaire mais moins verticale, explorez le plateau du Capcir où les sonnailles portent à 5 kilomètres. Complétez par le lapiaz du Prat de Coustou sur le versant opposé pour une randonnée minérale contrastée.

Questions fréquentes sur le Chemin des Ferrades

Le sentier reste-t-il accessible en hiver sans équipement spécialisé

Les échelles métalliques demeurent praticables de novembre à mars avec vigilance accrue sur les passages gelés. Les chaînes fixes et barreaux permettent une progression sécurisée sans matériel de via ferrata obligatoire. Chaussures montantes à semelles Vibram indispensables pour adhérence sur acier humide. Conditions nivales variables selon années, renseignement mairie recommandé.

Peut-on assister à la transhumance hivernale des brebis

La descente des ferrades se déroule sur 2 à 3 journées fin décembre selon météo et état du troupeau. Jean-Marc accepte occasionnellement la présence discrète de randonneurs respectueux à distance raisonnable. Aucune organisation touristique encadrée, démarche personnelle auprès de la mairie de Mantet nécessaire pour connaître les dates précises annuelles.

Quelle différence avec les sentiers classiques du Canigou

Ce chemin équipé vertical se distingue par son engagement physique sur échelles exposées et sa dimension pastorale vivante. Les voies habituelles du pic par les refuges Cortalets ou Mariailles offrent des dénivelés supérieurs mais restent sur sentiers balisés sans passages équipés. Ici, la technicité des franchissements métalliques et l’isolement absolu créent une expérience montagnarde plus brute.

Combien de temps prévoir pour l’aller-retour complet

Comptez 4 heures totales pour les 500 mètres de dénivelé aller-retour depuis le parking de Mantet. Montée 2 heures avec pauses contemplatives sur passages exposés, descente 1h30 avec prudence accrue sur échelles glissantes. Ajoutez 1 heure exploration bergerie sommitale et observation paysages vallée. Départ matinal recommandé pour profiter de la lumière rasante hivernale sur falaises.

Existe-t-il d’autres sentiers équipés similaires dans les Pyrénées-Orientales

Le Pas du Loup dans les gorges de la Jordanne près de Prats-de-Mollo propose des échelles dans un canyon basaltique à 40 kilomètres au sud. La via ferrata des Gorges du Cady à Corneilla-de-Conflent offre passages encordés sportifs à 20 kilomètres ouest. Le sentier des Crêtes à Mariailles dans les Albères combine chaînes et exposition maritime à 60 kilomètres est. Aucun ne conjugue altitude, tradition pastorale active et isolement du Chemin des Ferrades.