La route serpente entre les chênes-lièges, et puis d’un coup, la colline s’ouvre. En haut, une bande d’herbe rase file vers le ciel comme un tremplin. Les Aspres, ce petit pays caillouteux coincé entre deux rivières, gardent quelques bizarreries de ce genre.
Celle-ci se pose au-dessus de 311 habitants qui ne lèvent même plus la tête.
300 mètres de piste et 18 % de pente: le terrain d’aviation le plus casse-cou des Aspres
L’aérodrome de Llauro est privé, taillé à flanc de colline. Sa piste mesure 300 mètres, orientée 06-24, avec une pente moyenne d’environ 18 %. Autant dire un toboggan.
Atterrir et décoller ici passe pour particulièrement difficile, et on comprend pourquoi en regardant simplement le relief: l’avion ne se pose pas sur du plat, il remonte la colline. Vous ne verrez jamais ça sur un terrain classique de plaine. C’est le genre de détail qui transforme une balade dans l’arrière-pays catalan en curiosité qu’on raconte le soir.
1928: le jour où le sol a rendu 178 tessons d’amphores romaines
Sous les pieds, une autre histoire. Un réseau de mine, le pla del mener, a été mis au jour en 1928. Autour, les fouilles ont sorti des artefacts romains et ibériques, dont 178 tessons d’amphores et des kalathos.
La zone abritait un habitat lié à une mine romaine du haut empire, branchée sur un réseau de voies qui filaient vers Saint-Jean-Pla-de-Corts et Elne. Des hommes ont donc creusé cette colline, bu dans ces amphores, remonté ce minerai, bien avant que le village ne porte son nom. Et ce nom apparaît pour la première fois en 814, sous la forme Villa Laurosone, dans un précepte de Louis le Pieux.
Douze siècles d’archives pour un village qu’on traverse en trois minutes.
Du liège au silence: ce que le XIXe siècle a laissé sur ces collines
La culture du chêne-liège démarre ici au début du XIXe siècle, et le village vit longtemps de l’industrie du bouchon. L’activité tient jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle, puis s’éteint.
Il reste les arbres. Des forêts et milieux semi-naturels couvrent les deux tiers de la commune, et le massif des Aspres, inventorié comme zone naturelle fort, s’étend bien au-delà sur des dizaines de communes. Marchez un peu à l’écart des maisons: l’écorce des chênes-lièges garde la trace des levées, les troncs nus virent au rouge orangé après la récolte.
C’est un paysage travaillé par la main humaine qui s’est remis à pousser tout seul.
Peut-on visiter l’aérodrome ou la mine romaine ?
Non. Le terrain d’aviation est privé, et le réseau minier reste un site archéologique, pas une attraction aménagée. Ce qui se voit depuis la route et les chemins, c’est le relief: la colline, la pente, le village accroché dessus.
Quand vaut-il mieux venir ?
Le printemps et l’automne. Le climat méditerranéen y est très ensoleillé, avec des étés chauds et secs qui amènent aussi le risque d’incendie sur ces collines boisées. Hors canicule, les Aspres se marchent bien mieux.
À 7 km de Céret: comment on tombe sur Llauro
Le village se trouve à l’est des Pyrénées-Orientales, en Occitanie, sur la D615. Comptez 7 km depuis Céret, 9 km depuis Thuir, et 21 km à vol d’oiseau depuis Perpignan. Autant dire qu’on y arrive par la route, et rarement par hasard.
Le voisinage est serré: Tordères est à 1,3 km, Vivès à moins de 3 km, Oms à moins de 4. De quoi enchaîner plusieurs villages des Aspres dans la même demi-journée, en laissant la voiture dès qu’un chemin s’ouvre. Le village est rural, à habitat dispersé: ne cherchez pas un centre-bourg animé, cherchez les points de vue.
Un jour, un avion remonte la pente et disparaît derrière la crête. Deux mille ans plus tôt, des mineurs sortaient du minerai de la même colline. Entre les deux, le liège, les chênes, et 311 personnes qui vivent là.
Llauro ne se visite pas, il se traverse lentement.





