Un dimanche après-midi dans les Aspres, le bruit porte loin sur les cailloux. Les tribunes du stade se remplissent, les voix montent en catalan, et tout un bourg bascule au rythme d’un ballon ovale. À Ponteilla, à quelques minutes de Perpignan, le rugby n’est pas un sport.
C’est une seconde langue.
Le décor n’a pourtant rien d’une ville de rugby. Des champs à perte de vue, des sols caillouteux qui ont donné leur nom aux Aspres, ce minuscule territoire roussillonnais coincé entre la Têt au nord et le Tech au sud. Et au milieu, un bourg de 3 101 habitants au dernier recensement, dont le club a joué six finales de championnat de France.
Six. Autant que certaines villes dix fois plus grandes n’en verront jamais.
1955 à 2014: six finales pour un bourg que personne ne situe sur une carte
L’histoire commence en 1955. Le Rugby Club de Ponteilla, devenu depuis le Racing Club de Ponteilla, atteint la finale du championnat de France de 4e série. Face à la JS Riscle, les Ponteillanais s’inclinent 6-3.
Une défaite, oui. Mais pour un village rural perdu entre les cultures, c’est déjà un exploit qui fait jaser jusqu’à Perpignan.
Le club n’en reste pas là. En 1973, nouvelle finale, en 3e série cette fois, perdue 12-10 contre l’AS Mantes-la-Jolie. En 1992, retour en finale de 4e série, battus 16-7 par le RC Leucate.
Deux ans plus tard, en 1994, les voilà en finale de 1re série, où l’US Torreilles les prive du titre 19-15. Le palmarès commence à ressembler à une malédiction. Toujours là.
Jamais couronnés.
1999, le 30-18 qui a libéré tout un village
Puis vient 1999. Finale de championnat de France de 4e série, face au RC Arles-sur-Tech-Amélie-les-Bains. Cette fois, Ponteilla ne tremble pas.
Score final: 30-18. Champion de France. Pour un bourg qui compte moins d’habitants que certains stades n’ont de places, le titre résonne comme une revanche sur quatre décennies de rendez-vous manqués.
Le club aurait pu s’arrêter là, bercé par son étoile enfin décrochée. Raté. En 2000, les Ponteillanais rejouent une finale de 3e série, perdue 16-9 face à l’US Payzac-Savignac.
Et en 2014, encore une finale, en 2e série, face au RC Bagnacois qui l’emporte 31-7. Six finales nationales au compteur, un titre, cinq médailles d’argent. Peu de clubs français peuvent aligner une telle régularité sur soixante ans.
Un bourg qui pousse plus vite que le reste de la France
Ponteilla n’est pas un village figé dans sa légende sportive. Le bourg attire: sa population a bondi de +13,26 % entre 2017 et 2023, quand la France entière progressait de 2,36 % sur la même période. Les nouveaux venus cherchent le calme des Aspres et la proximité de Perpignan, à 10 km à vol d’oiseau.
Ils trouvent aussi un village qui porte son nom depuis longtemps: il apparaît dès 876 sous la forme Pontelianum, hérité d’un domaine romain.
L’ambiance reste celle d’un bourg catalan de plaine. Le soleil tape fort l’été, la tramontane balaie les vignes et les cultures qui couvrent l’essentiel du territoire, et les conversations finissent toujours par glisser vers le club. Ici, on ne vous parlera pas de monuments.
On vous racontera 1999.
Comment venir à Ponteilla sans voiture ?
La commune est desservie par la ligne 20 du réseau urbain Sankéo, qui relie Llupia à la gare de Perpignan. Depuis le centre de Perpignan, le trajet se règle donc sans voiture, et Thuir n’est qu’à 5 km pour prolonger la balade dans les Aspres.
Quel est le meilleur moment pour découvrir le village ?
Le climat méditerranéen rend la visite agréable toute l’année. Pour sentir le bourg en fête, deux rendez-vous reviennent chaque année: la fête patronale le 3 août et la fête communale le deuxième dimanche de mai. C’est là que Ponteilla se montre le plus.
À 10 km de Perpignan, l’escale que les guides de rugby oublient
Ponteilla ne figure dans aucun circuit touristique classique, et c’est bien ce qui fait son prix. On y vient pour une matinée depuis Perpignan, une heure ou deux suffisent à flâner dans le bourg, avant de pousser vers Thuir ou les villages voisins des Aspres. Pas de foule, pas de boutique de souvenirs.
Juste un village où l’on croise des gens qui ont vu leurs pères, leurs frères ou leurs fils jouer une finale nationale.
Ce bourg plaira aux amoureux du rugby populaire, celui des petits stades et des vestiaires qui sentent la craie, mais aussi aux curieux de villages qui ont une vraie histoire à raconter. 3 101 habitants, six finales de France, un titre. Certains clubs de Top 14 feraient bien de passer voir comment on fait, du côté des Aspres.





