Pourquoi des milliers de réfugiés ont-ils franchi la neige jusqu’à ce village catalan ?

La neige efface les traces, mais elle ne retire rien à ce qui s’est passé à Latour-de-Carol. Dans ce village de Cerdagne, tout près de l’Espagne, des familles ont franchi les Pyrénées avec leurs enfants, leurs bagages et la peur derrière elles. Leur arrivée, en plein hiver, donne à ces paysages de montagne une gravité que le voyageur ressent encore.

Le récit commence en février 1939, pendant la Retirada. Des milliers de réfugiés espagnols fuient alors la dictature à la fin de la guerre d’Espagne et gagnent la France par Latour-de-Carol. Hommes, femmes et enfants avancent dans la neige.

Le froid faisait partie du passage.

Février 1939, quand Latour-de-Carol devient une porte dans la neige

La réponse tient dans la géographie, mais aussi dans l’urgence. Latour-de-Carol est frontalier de la Catalogne espagnole, au sud-ouest des Pyrénées-Orientales, dans la haute vallée du Sègre. Pour des milliers de personnes en fuite, ce village représentait un accès à la France.

La montagne ne laisse rien paraître de cette détresse au premier regard. Les versants, la lumière nette et les hameaux dispersés composent aujourd’hui une scène presque silencieuse. Mais, durant cet hiver-là, le passage s’est rempli de réfugiés venus d’Espagne.

Après leur arrivée, beaucoup ont été envoyés dans des camps en France, parmi lesquels Argelès-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, et Le Vernet, en Ariège. Beaucoup y sont morts dans le froid glacial de cette époque. Ici, l’histoire ne ressemble pas à une parenthèse.

Entre 1 209 et 2 080 mètres, un territoire qui explique le froid

Le territoire communal s’étend de 1 209 à 2 080 mètres d’altitude. Ce relief donne une idée très concrète du décor traversé en 1939: une vallée haute, ouverte vers la frontière, mais prise dans un hiver pyrénéen.

Le Carol traverse la commune du nord au sud avant de rejoindre le Sègre. Autour, Latour-de-Carol se répartit entre plusieurs hameaux, dont Quers, Riutès, Iravals, San Pere de Sedret et Salit. Les noms catalans gardent la présence d’une frontière qui n’a jamais coupé les paysages.

La Cerdagne s’étire entre le col de la Perche et le col de Puymorens. Elle peut sembler vaste depuis la route. En hiver, elle ramène pourtant chaque déplacement à sa réalité la plus simple: le relief, le vent, la neige.

Pourquoi les réfugiés passaient-ils par ce village catalan ?

Latour-de-Carol se trouvait sur un passage frontalier entre l’Espagne et la France. En février 1939, des milliers de réfugiés espagnols l’ont franchi dans les Pyrénées enneigées pour fuir la dictature qui s’installait à la fin de la guerre d’Espagne.

La gare d’Enveitg, une frontière où les trains changent d’écartement

Le village raconte aussi le passage autrement, par le rail. La gare internationale de Latour-de-Carol, Enveitg se trouve sur la commune voisine d’Enveitg et relie les réseaux français et espagnol. Elle ouvre également la route de la Cerdagne et de l’Andorre.

Cette gare réunit trois écartements de voie: celui de la ligne de Cerdagne, surnommée le Train Jaune, celui du réseau SNCF et celui de la Renfe espagnole. C’est un détail ferroviaire, mais il dit beaucoup du lieu: ici, les itinéraires se rejoignent à la frontière.

Les trains Intercités de nuit desservent aussi cette gare depuis ou vers Paris-Austerlitz. Le contraste est frappant. Une vallée de montagne, puis des quais où se croisent des lignes venues de part et d’autre des Pyrénées.

Peut-on rejoindre Latour-de-Carol en train ?

Oui. La gare de Latour-de-Carol, Enveitg permet des correspondances entre les réseaux français et espagnol, avec le Train Jaune et des liaisons vers Puigcerdà et Barcelone. Elle se situe toutefois à Enveitg, commune voisine de Latour-de-Carol.

À 86 km de Perpignan, une escale pour regarder la Cerdagne autrement

Latour-de-Carol se trouve à 86 km à vol d’oiseau de Perpignan, en Occitanie. La commune compte 480 habitants. Ce n’est pas une étape urbaine: on vient y chercher une vallée de montagne, des routes frontalières et une Cerdagne traversée par plusieurs histoires.

Les chemins autour du Carol, les villages voisins et les liaisons ferroviaires donnent matière à prolonger l’escale sans réduire le lieu à son passé. Mais ce passé doit rester visible dans le regard porté sur la frontière. Vous ne traversez pas seulement un paysage.

Dans la lumière froide des Pyrénées, la frontière paraît lointaine. En février 1939, elle était une issue.