À Prades, l’été ne commence pas sur la Croisette. Il commence dans une salle de 184 places, un cinéma municipal qu’on appelle simplement le Lido, au pied du massif du Canigou. Chaque année, depuis 1959, cette petite ville catalane déroule ses bobines au mois de juillet, quand le reste de la France plie les fauteuils rouges pour les vacances.
Cannes a la mer. Prades a les montagnes, un budget annuel de 100 000 € et une programmation que peu de festivals en France peuvent aligner.
Les Ciné-Rencontres, c’est le plus ancien festival de cinéma en activité après Cannes. Le deuxième du monde, et de loin. Et ça se passe à 40, 45 km à l’ouest de Perpignan, dans la vallée de la Têt, là où la Catalogne française regarde le Canigou en face.
1959, Truffaut en ouverture, et toujours pas de complexe
Tout commence par un exil. Pablo Casals, violoncelliste catalan, se réfugie à Prades pendant la guerre civile espagnole. Le maire de l’époque, Louis Monestier, cinéphile, s’en inspire.
En 1959, le festival est créé. Premier film projeté: Les Quatre Coups de François Truffaut, tout juste auréolé du Grand Prix du Jury à Cannes, à une époque où la Palme d’Or n’existait pas encore.
Soixante-six ans plus tard, la formule n’a pas bougé. René Clair, Jean Marais, Michel Piccoli, Ariane Ascaride, Claire Denis, Stephen Frears, les frères Dardenne, Louis Malle, Jean-Pierre Mocky, Yolande Moreau: tous sont passés par Prades. Le délégué artistique Jean-Pierre Abizanda le résume simplement: « Un festival de cinéphiles en vacances.
» L’an dernier, des festivaliers ont mangé à la table de Yolande Moreau et de Jean-Pierre Dardenne. En toute simplicité.
100 000 €, 5 000 festivaliers, 184 places: la magie des chiffres qui détonnent
Le budget annuel tourne autour de 100 000 €. Cannes en dépense plusieurs dizaines de millions. Et pourtant, chaque mois de juillet, environ 5 000 festivaliers s’y pressent, à raison de 184 places par séance au Lido.
Plus de 30 films projetés, des longs métrages, des courts métrages, un prix du public créé en hommage à la cinéaste Sólveig Anspach.
La recette est presque inverse à celle des grands festivals: pas de paillettes sur le tapis, pas de montée des marches. Ici, le public est à portée de voix des réalisateurs. Des films européens sont en compétition pour cette édition.
L’an dernier, six longs métrages avaient été sélectionnés sur une quarantaine de candidatures.
Une ville catalane au pied du Canigou, pas une usine à festival
Prades, c’est d’abord une sous-préfecture des Pyrénées-Orientales, capitale historique du Conflent. Six mille cent quarante-huit habitants y vivent, dans une vallée où la Têt dessine des méandres entre les vignes et les oliviers.
La ville vit toute l’année, pas seulement en juillet. Le Lido programme des films Art et Essai le reste de l’année. L’association des Ciné-Rencontres organise aussi les Journées du Printemps catalan, six films en deux jours, un rendez-vous reconduit en 2026.
Prades garde son identité catalane, son nom en catalan, Prada de Conflent, et une vie culturelle qui ne se résume pas au festival.
Y aller et s’y poser
Prades est à environ 40, 45 km à l’ouest de Perpignan, dans la vallée de la Têt. On y vient en train par la ligne Perpignan, Villefranche-de-Conflent, qui serpente entre les gorges. Par la route, on suit la vallée vers l’ouest.
La ville sert aussi de point de départ pour les randonnées vers le Canigou, pour les villages classés autour, Eus, Villefranche-de-Conflent.
Quand a lieu le festival exactement ?
Les Ciné-Rencontres se tiennent chaque année au mois de juillet, sur huit jours. Pour la prochaine édition, la 66e, les séances sont programmées du 19 au 26 juillet. La majorité des projections a lieu au Lido, mais des événements peuvent investir d’autres lieux de la ville.
Faut-il réserver ses séances ?
La salle ne compte que 184 places par séance. En pleine semaine de festival, les projections les plus attendues affichent complet rapidement. Mieux vaut arriver tôt, ou réserver en amont pour les séances phares.
Le pass festival existe, il permet de venir plusieurs fois sans repasser à la caisse.
Pour qui c’est fait, vraiment
Ce festival n’est pas pour ceux qui veulent du 45 minutes gore Netflix ni du tapis rouge. Il est pour les cinéphiles qui aiment les films d’auteur, qui cherchent un cinéma qui raconte une histoire avec passion et finesse, qui acceptent le hors-champ. Il est pour les familles en vacances dans le Conflent, pour les randonneurs du Canigou qui veulent une soirée fraîche en salle après une journée de marche.
Il est pour tous ceux qui pensent que la culture ne devrait pas être réservée aux grandes villes.
À Prades, en juillet, le projecteur s’allume au Lido, les montagnes se dessinent dans la lumière du soir, et le cinéma se regarde autrement. Quelque 5 000 festivaliers, 184 places, 100 000 € de budget. Et toujours cette phrase de Truffaut, projetée un soir de 1959, qui résonne encore: « Le cinéma, c’est aussi ce que l’on ne dit pas. »





