« On a muré la porte de l’école » : l’histoire folle d’un village viticole du Roussillon

La lumière du Roussillon frappe les murs de pierre, la vigne descend en rangs serrés vers la route, et l’Agly file sans bruit vers la Méditerranée. On ne vient pas à Cases-de-Pène pour les foules ni pour les boutiques. On vient pour un village viticole catalan qui sent le raisin à l’automne, et pour une histoire d’école pas comme les autres.

Ici, un maire a un jour fait murer la porte de l’école. Le village compte aujourd’hui 973 habitants aux derniers comptages de l’Insee, posés dans la vallée de l’Agly. L’anecdote, elle, n’a pas pris une ride.

1908: l’institutrice refuse de partir, le maire sort les parpaings

La scène se passe en 1908, dans ce village du Fenouillèdes. Le maire et l’institutrice sont en conflit ouvert. Elle refuse de quitter son poste, campe sur ses positions, et l’affaire s’enlise.

Alors l’édile tranche à sa manière: il fait murer la porte de l’école. Plus d’entrée, plus de classe, débat clos.

On imagine la stupeur des élèves un matin, devant ce mur frais à la place de leur porte. L’histoire est restée, et elle résume assez bien le caractère du pays: on ne lâche rien facilement dans la vallée de l’Agly.

Le plus savoureux, c’est la suite. L’école existe toujours: une primaire publique, maternelle et élémentaire, qui accueille 112 élèves. Et sa porte, précisons-le, s’ouvre chaque matin.

Vous ne trouverez aucun musée de cette anecdote, elle circule de bouche à oreille, et c’est très bien ainsi.

Un château cité dès 1011, une vigne qui a failli mourir en 1885

Le village est habité depuis bien avant les Romains, mais son nom entre dans l’histoire par son château: le castellum Penna, mentionné pour la première fois en 1011, puis une deuxième fois en 1263. En catalan, on dit les Cases de Pena. Des siècles plus tard, c’est la vigne qui fait la fortune du village, devenu au XIXe siècle une place viticole qui compte dans le Roussillon.

Puis le désastre arrive. En 1885, le phylloxéra ravage les vignes de ces coteaux. Le village aurait pu en mourir.

Il a rebondi grâce aux coopératives et aux groupements de producteurs. Regardez autour de vous en arrivant: la vigne n’a jamais vraiment reculé.

Sept rapaces protégés tournent au-dessus des corniches de Pène

Levez les yeux en sortant des ruelles. Au-dessus du village, les corniches de Notre-Dame de Pène et d’Estagel dessinent une arête rocheuse de 1 112 hectares, classée parmi les sites naturels les plus précieux du département. C’est là que le spectacle se joue, souvent sans prévenir.

Le site fait partie du réseau Natura 2000 pour une raison simple: sept espèces de rapaces protégés y vivent ou y chassent. L’aigle de Bonelli, l’aigle royal, le faucon pèlerin, le grand-duc d’Europe, le circaète Jean-le-Blanc, le busard cendré et l’aigle botté. Sept silhouettes à apprendre à reconnaître, une paire de jumelles suffit.

En contrebas, l’Agly trace son lit entre garrigue et vignoble, retenue plus loin par le barrage de Caramany, un ouvrage de 57 mètres de haut construit en 1994. Le contraste est saisissant: la falaise sauvage d’un côté, les parcelles ordonnées de l’autre. Peu de villages offrent les deux dans le même coup d’œil.

Depuis Perpignan: 13 km, un bus et même un petit train

Cases-de-Pène se situe à 13 km à vol d’oiseau de Perpignan et à 7 km de Rivesaltes. Autant dire une escapade facile, faisable sur une demi-journée si vous logez sur la côte ou dans la préfecture des Pyrénées-Orientales.

Peut-on venir à Cases-de-Pène sans voiture ?

Oui, et c’est une bonne surprise pour un village de cette taille. La ligne 9 du réseau Sankéo relie le centre du village au pôle d’échanges Languedoc de Perpignan. Mieux: Cases-de-Pène possède une gare, desservie par le train du pays Cathare et du Fenouillèdes, qui traverse une des plus belles vallées du département.

Quelle saison pour monter vers les corniches ?

Le printemps et l’automne, sans hésiter. La lumière est plus douce, la chaleur reste supportable sur les sentiers, et les rapaces sont très actifs. L’été, le soleil tape fort sur la roche et la randonnée devient éprouvante dès la mi-journée.

Le village vit aussi au rythme de ses fêtes patronales, aux lundis de Pâques et de Pentecôte, et de sa fête communale le 27 juin.

Prévoyez deux à trois heures sur place: les ruelles, la montée vers les corniches, un arrêt face à la vallée. Le soir, quand la falaise rosit et qu’un circaète plane au-dessus des vignes, le village reprend son silence. Et quelque part en bas, la porte de l’école attend sagement le lendemain matin.

Elle a retenu la leçon.