Martin Fourcade tire sa révérence

À 31ans, Martin Fourcade possède l’un des plus beaux palmarès du sport français. C’est à Kontiolahti en Finlande le 14 mars 2010, que Martin Fourcade signait sa première victoire en Coupe du Monde. Et c’est sur cette même piste, le 14 mars 2020, exactement 10 ans après, que Martin Fourcade clôtura son aventure sportive.

Il est le sportif français le plus titré des Jeux Olympiques, été et hiver confondus, avec cinq médailles d’Or et deux d’Argent. Il est onze fois champion du monde individuel, sept fois vainqueur du classement général de la Coupe du Monde de biathlon de 2012 à 2018 et cumule 82 victoires individuelles. Il est considéré comme l’un des meilleurs biathlètes de l’histoire. Il nous raconte :

« Il y a des décisions qui changent une vie.

Je me suis souvent demandé si cela avait été le cas lorsque je suis monté sur les skis pour la première fois, il y a 30 ans, dans mes Pyrénées natales. Je crois que j’ai plus simplement suivi cette trace dans la neige dessinée par mon frère Simon, comme beaucoup de petits frères… J’ai été encouragé par ces sensations de glisse et le bonheur d’évoluer dans cet environnement extraordinaire. J’ai aimé ça. Passionnément…

Peu à peu, grâce à des rencontres déterminantes et pour assouvir mon goût de la compétition, j’ai commencé à faire ma propre trace. Celle qui m’a façonné en tant qu’athlète mais surtout en tant qu’homme. Celle qui m’a permis de me jauger, de me mesurer, de savoir qui j’étais. De me construire.

De Vancouver à Oslo, face à Ole Einar Björndalen, Emil Svendsen, Anton Shipulin, Simon Schempp, Johannes Boe et tous mes autres adversaires – trop nombreux pour tous les citer -, j’ai réalisé mes rêves et vécu les plus belles émotions. J’ai combattu et j’ai gagné. J’ai souffert, aussi. Je suis tombé et je me suis relevé. Surtout, j’ai grandi. En ayant la chance inouïe de voir grandir mon sport. Des audiences télé extraordinaires jusqu’aux succès populaires des Coupes du monde au Grand Bornand, j’ai vécu en France et ailleurs une merveilleuse ascension. Celle du sport que j’aime, à qui j’ai dédié une belle partie de ma vie, et qui en retour m’a tout donné.

J’aurais pu m’arrêter au lendemain des Jeux Olympiques 2018 auréolé de trois nouvelles médailles d’or mais je devais encore suivre cette trace initiale. Elle m’a bien chahutée l’an passé mais ces turbulences m’ont permis de grandir encore. J’ai dû faire l’expérience de cette notion de résilience jusqu’à engranger, le mois dernier, deux magnifiques titres supplémentaires aux Championnats du monde. Seul d’abord et surtout avec l’équipe de France. Avec Émilien, Quentin et Simon, avec Fabien et Antonin. Avec toute l’équipe. Grâce à tous ceux qui nous ont précédés et pour tous ceux qui nous suivront.

Rebondir pour en arriver là, à ces moments de bonheur partagés, fut le plus grand défi de ma carrière. Je crois que cette dernière mission a été accomplie, quelle que soit l’issue de cette saison.

Ma volonté de donner le meilleur de moi-même et de gravir des montagnes est toujours présente mais la suite de ma construction en tant qu’homme, en tant que père, doit désormais passer par d’autres voies, d’autres supports d’expression.

La passion que je voue à mon sport est intacte. Mon amour pour le sport en général, et les valeurs de dépassement de soi et de respect des autres qu’il transmet, est plus grand que jamais. C’est dans cet univers que je veux continuer à m’exprimer, à m’investir, à partager.

Au moment de vous dire au revoir, je suis si ému mais apaisé. Je me remémore ces lieux, ces visages, ces émotions qui ont jalonné ma carrière. Ces doutes et ces épreuves que j’ai surmontés, ces rêves réalisés. Je laisse une partie de ma vie derrière moi animé par l’élan de tout ce qu’il reste à construire.

Je veux aussi donner plus à ceux qui m’ont tant aidé car, en vingt années consacrées au biathlon, j’ai appris que nos relations constituent une part déterminante de ce que nous sommes. Je voudrais remercier ma famille et en particulier ma femme et mes filles pour leurs sacrifices et leur amour inconditionnel. Merci à mes parents d’avoir accepté mes choix, à mes frères de m’avoir poussé, chacun à leur manière, à devenir meilleur. Merci à mes adversaires et coéquipiers. Merci à mon équipe (entraîneurs, kinés, techniciens) de vous être investis avec moi comme si vous étiez à ma place sur cette ligne de départ. Merci à mes partenaires d’avoir rendu cela possible. Aux médias de nous avoir accompagnés.

Enfin, merci à vous tous, en France, en Russie, en Allemagne, en Norvège, en République Tchèque, en Italie et partout où vous êtes ; merci de m’avoir encouragé, supporté, aimé. Vous avez transformé cette carrière individuelle en aventure collective.

Il est temps de vous dire au revoir. Merci pour ce voyage.

Martin. »

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