Il faut d’abord quitter la plaine, laisser derrière soi les rangs de vignes et les vergers, puis grimper une route qui se resserre à mesure qu’elle monte. Le village apparaît d’un coup, accroché à sa colline de pierre sèche, tourné vers l’ouest. Et derrière, très loin, la masse du Canigou occupe tout l’horizon.
On monte à Castelnou pour cette confrontation-là.
Un château du Xe siècle qui n’a jamais quitté son rocher
La forteresse vicomtale domine toujours les toits. Elle date du Xe siècle et repose sur un affleurement calcaire qui sort du sol comme une proue.
Rien de reconstitué dans ce que vous voyez en arrivant: les remparts, les portes fortifiées, les maisons de pierre serrées en escargot autour de la butte. Le village a gardé sa forme médiévale parce que personne n’a jugé utile de l’élargir. Les Aspres, ce petit territoire caillouteux coincé entre la Têt et le Tech, n’ont jamais été une terre de grands travaux.
Le nom même du pays dit la couleur locale: des sols de pierraille, une garrigue basse, des collines qui montent sans jamais devenir montagne. Le point culminant de la commune plafonne à 458 mètres, au lieu-dit el Peiró. C’est peu.
Et pourtant la vue porte jusqu’aux crêtes.
7e Village préféré des Français, sur 22 candidats
En 2015, Castelnou est arrivé septième au classement du Village préféré des Français, face à 21 autres concurrents. Le village porte aussi le label des Plus Beaux Villages de France.
Ce genre de titre attire les cars, d’ordinaire. Ici, la topographie fait barrage: il faut marcher, et la pente décourage les visiteurs pressés. Je trouve que c’est la meilleure chose qui pouvait lui arriver.
Parce que 280 habitants vivent encore ici, sur une commune classée rurale à habitat dispersé. Le reste du territoire, ce sont des garrigues et des milieux semi-naturels, plus de huit dixièmes de la surface. Un espace naturel protégé, le Masquerell, couvre à lui seul près de 89 hectares.
Autrement dit: autour du village, presque rien n’a été bâti.
Pourquoi le printemps et l’automne battent l’été, ici
Le climat méditerranéen des Pyrénées-Orientales offre un ensoleillement rare, autour de 2 600 heures par an, avec un air sec et peu de brouillard. Superbe la moitié de l’année. Redoutable en juillet et août.
À la station de Caixas, à 4 km de là, le thermomètre est monté jusqu’à 41,7 °C le 28 juin 2019. Sur ces pentes de garrigue, la chaleur cogne sans un arbre pour la casser, et le risque d’incendie plane sur tout le secteur. Des feux ont d’ailleurs touché les environs récemment, avec évacuations.
Venez en avril, en mai, ou entre septembre et novembre. La lumière est plus rasante, la pierre reste chaude sous la main en fin de journée, et le Canigou se détache mieux quand l’air est lavé.
Comment y aller depuis Perpignan ?
Castelnou se trouve à 18 km à vol d’oiseau de Perpignan, dans la région des Aspres. Thuir, le bourg le plus proche, est à 5 km. Céret, sous-préfecture, à 15 km.
Vous arrivez par des routes de collines, étroites et sinueuses sur la fin.
Peut-on visiter le château ?
Le château vicomtal domine le village et se voit de partout, y compris depuis la route d’accès. Pour les conditions de visite et les horaires, renseignez-vous auprès de l’office de tourisme local avant de monter: ils varient selon la saison.
Un village qui tient debout parce qu’il est resté petit
La population a fortement remonté depuis 1975, après des décennies de déclin comme partout dans l’arrière-pays. Mais on parle de quelques centaines d’âmes, pas d’un lotissement. Les zones urbanisées représentent à peine plus d’un centième du territoire communal.
C’est ce déséquilibre qui donne à Castelnou sa force visuelle. Un noyau de pierre dense, compact, et tout autour la garrigue qui reprend ses droits sur des milliers d’hectares classés en zone naturelle d’intérêt écologique. Le massif des Aspres, à lui seul, en couvre 28 819 sur 37 communes.
Le village est fait pour ceux qui aiment marcher lentement, s’arrêter devant une porte cloutée, repartir sans avoir coché de liste. Les amateurs de sites spectaculaires trouveront ça petit. Ils ont raison: c’est petit.
En fin d’après-midi, quand le soleil passe derrière la ligne de crêtes, les toits virent à l’ocre et le calcaire du rocher prend une teinte de miel. Le Canigou, lui, s’assombrit d’un seul bloc. Mille ans que le château le regarde faire.





