Loin des plages du Roussillon, ce village catalan perché à 740 m vit au rythme des ânesses

Une route qui monte, et puis plus rien qu’un clocher au-dessus des arbres. On ne tombe pas sur Rabouillet par hasard. Il faut vraiment vouloir y aller, quitter la plaine roussillonnaise et ses plages pleines, prendre de l’altitude jusqu’à ce que la mer devienne un souvenir.

Ici, l’air sent la forêt sèche. Et le bruit de fond, c’est le vent.

Le village tient sur un promontoire du Fenouillèdes, à 740 mètres, dans le nord des Pyrénées-Orientales. Un endroit où l’on croise plus d’ânesses que de voitures.

Une asinerie, des savons et des bonbons au lait d’ânesse

C’est l’activité la plus inattendue du village. Une asinerie fabrique ici des savons et des bonbons à base de lait d’ânesse, dans une commune qui compte aujourd’hui 85 habitants. L’agriculture locale s’est orientée vers l’élevage d’équidés et d’autres herbivores, et cinq exploitations seulement ont encore leur siège sur la commune.

Vous n’y trouverez pas une boutique de souvenirs alignée sur un parking. Le lait d’ânesse se travaille à petite échelle, dans un paysage où la forêt gagne du terrain depuis des décennies. Neuf établissements en tout sont implantés à Rabouillet.

C’est peu. C’est aussi ce qui donne au lieu son rythme particulier.

685 habitants en 1836, 85 aujourd’hui: ce que la forêt a repris

Le chiffre fait mal quand on le pose à plat. Au pic de 1836, 685 personnes vivaient sur ces pentes, cultivaient, gardaient des bêtes, entretenaient les murets. Aujourd’hui ils sont 85.

Entre les deux, un siècle et demi de départs vers la plaine et vers la ville.

La forêt a rempli le vide. Elle couvre maintenant 94 % du territoire communal avec les landes, contre 89 % en 1990. Les arbres reprennent les anciennes terres.

Quand on marche sur les hauteurs, on devine encore des terrasses sous les broussailles, la trace de ce qui était cultivé.

L’histoire remonte plus loin que ce déclin. Le hameau de Plallouby, sur la commune, est mentionné dès 958. En 1367, le village comptait seize foyers.

Autant dire que la population actuelle n’est pas une anomalie récente: c’est un retour à une petitesse ancienne, après une parenthèse rurale dense au XIXe siècle.

La forêt de Boucheville, 4 928 hectares à deux pas du village

C’est là que vous passerez vos journées. La forêt de Boucheville s’étend sur 4 928 hectares et huit communes, entre l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Randonnée, VTT, ombre l’été.

Le territoire de Rabouillet grimpe jusqu’à 1 529 mètres, ce qui change tout par rapport au littoral: on respire autrement.

Le massif du Fenouillèdes, lui, court sur quarante communes. Cette dépression allongée entre les Corbières et les massifs pyrénéens fait la personnalité du coin, ni tout à fait montagne, ni tout à fait garrigue catalane. Le village se dit Rebollet en catalan, Rebolhet en occitan, forme attestée dès 1371.

Comment y aller depuis Perpignan ?

Comptez une soixantaine de kilomètres par la route vers l’ouest, pour 41 km à vol d’oiseau. Deux itinéraires: par la vallée de la Têt via Ille-sur-Têt et la D2, ou par la vallée de l’Agly via Saint-Paul-de-Fenouillet et la D7. Sans voiture, la ligne 511 du réseau liO relie Rabouillet à Ille-sur-Têt.

Prades est à 13 km.

Y a-t-il des commerces sur place ?

Non, et c’est à anticiper. Prévoyez vos courses avant de monter. Côté hébergement, le village compte des gîtes privés et communaux, ainsi qu’un gîte de groupe.

Pour tout le reste, il faut redescendre vers Ille-sur-Têt ou Prades.

Le printemps et l’automne plutôt que juillet

La bonne fenêtre, c’est la mi-saison. Printemps et automne pour la randonnée et le VTT en forêt de Boucheville, quand les températures restent tenables et que la lumière traverse le sous-bois. Le secteur bénéficie d’un très bon ensoleillement et d’un air sec, avec peu de brouillards.

Si vous cherchez du monde et de l’animation, visez la fête communale, le dernier dimanche de juillet. C’est l’unique moment de l’année où le village se remplit vraiment. La fête patronale, elle, tombe le 17 janvier, en plein hiver de moyenne montagne.

Autour, vous avez de quoi prolonger sans jamais rouler longtemps. Sournia est à 4,3 km, Vira à 4,7, Prats-de-Sournia à 6. Des villages du même calibre, dans le même silence.

Pour qui ce village est fait

Pas pour ceux qui veulent une terrasse animée le soir. Rabouillet s’adresse aux marcheurs, aux vététistes, à ceux qui prennent un gîte pour quatre jours et acceptent de dépendre d’une voiture. Le pays cathare est à portée, les Corbières aussi, l’arrière-pays catalan commence là.

Une église Saint-Étienne, quelques maisons, des ânesses dans un pré. La mer est à une heure de route, mais elle pourrait être à mille kilomètres.