On monte, et l’air change. À 1 500 mètres, la lumière des Pyrénées catalanes tape sec sur les toits d’ardoise, le vent sent la résine de pin, et la haute plaine s’ouvre d’un coup vers l’ouest. La Cabanasse ne fait pas de bruit.
Le village se tient juste en contrebas de la route, à côté des remparts de Mont-Louis, et laisse passer les voitures qui filent vers les stations. Ceux qui s’arrêtent viennent souvent pour une seule chose: entendre le petit train arriver.
Le Train jaune s’arrête à 1 512 m, et ça change tout
La gare de Mont-Louis – La Cabanasse est posée à 1 512 mètres, sur le territoire de la commune. Voie unique, voie étroite, et plusieurs voies de garage pour laisser les rames se croiser. Vous descendez sur le quai et vous êtes déjà en haute montagne, sans avoir tenu un volant dans les lacets.
Cette gare a ouvert en 1910, quand la Compagnie des chemins de fer du Midi a mis en service la section entre Villefranche – Vernet-les-Bains et Mont-Louis. Avant, ce secteur vivait replié sur ses cols. Après, les gens et les marchandises ont circulé.
Un désenclavement, au sens strict du terme.
Aujourd’hui les TER Occitanie continuent d’y passer chaque jour, entre Villefranche et Latour-de-Carol – Enveitg. J’aime cette idée qu’une ligne construite pour sortir la montagne de son isolement serve maintenant à y entrer.
Au col de la Perche, l’eau choisit entre la Méditerranée et l’Espagne
Un peu au-dessus du village, sur le territoire communal, le col de la Perche culmine à 1 581 mètres. C’est un seuil, dans tous les sens du mot. La pluie qui tombe d’un côté part vers la Têt et descend vers le Conflent; de l’autre, elle rejoint l’Èbre et l’Espagne.
Une ligne de partage des eaux, à ciel ouvert, sous vos pieds.
Ce col décide aussi du paysage. À l’est, le Conflent et ses vallées encaissées. À l’ouest, la Cerdagne, cette haute plaine qui s’étire sur une quarantaine de kilomètres jusqu’à Bourg-Madame.
Le contraste est franc, et il se voit depuis la route.
Le lieu porte cette fonction de passage depuis longtemps. La Cabanasse se trouve sur la via Confluentana, une route d’origine romaine, et « la Cabana » désignait une auberge installée sous le col, avec un hospice et un prieuré. Un refuge, dans un pays qui se retrouvait sous la neige la moitié de l’année.
Le nom du village vient de là.
Un hameau qui fut une commune, et une mention en 965
Le village apparaît dans les textes sous le nom de villare Casales en 965, puis Cabana en 1392, avant de devenir La Cabanassa. Mille ans d’écriture pour arriver au nom qu’on lit sur le panneau.
Il y a aussi La Perche, aujourd’hui un hameau de la commune, mais qui était une commune autonome au début de la Révolution française. La Cabanasse l’a absorbée dans les années 1795-1800. Les Molines et les Artigues complètent ce petit territoire étagé entre 1 360 et 1 623 mètres, où les prairies dominent largement le bâti.
Faut-il une voiture pour venir à La Cabanasse ?
Non. Le Train jaune dessert la gare quotidiennement depuis Villefranche – Vernet-les-Bains ou depuis Latour-de-Carol – Enveitg. Deux lignes de car du réseau liO complètent l’accès: la 560 relie le village à la gare de Perpignan via Porté-Puymorens, la 561 rejoint Puyvalador.
En voiture, la RD 66 traverse la commune.
Que fait-on sur place quand on n’est pas skieur ?
On marche. Le GR 10 et le GRP Tour de Cerdagne passent tous les deux dans le village, ce qui en fait un point de départ direct, sans approche. Le parc naturel régional des Pyrénées catalanes couvre tout le secteur, et Mont-Louis avec ses fortifications Vauban est à deux pas.
Quand venir: l’été pour marcher, l’hiver pour la neige
L’été et le début d’automne restent la meilleure fenêtre pour la randonnée, quand les sentiers de Cerdagne sont dégagés et que l’air reste frais le soir malgré le soleil. C’est aussi la saison où le Train jaune prend tout son sens, à condition d’accepter un rythme lent.
En hiver, le village sert de base arrière aux stations voisines: Font-Romeu – Pyrénées 2000, Bolquère, Eyne. On loge ici, à l’écart de l’animation, et on monte skier à côté. Comptez 67 kilomètres à vol d’oiseau depuis Perpignan, 28 depuis Prades.
La Méditerranée est plus près qu’on ne l’imagine depuis ces hauteurs.
Pour qui c’est fait
Pour les marcheurs qui veulent dormir à 1 400 mètres sans payer le prix d’une station. Pour les amateurs de trains qui rêvent d’entendre le Train jaune freiner sur un quai à 1 512 mètres. Et pour ceux qui aiment les villages qui ne cherchent pas à retenir les gens.
La neige tombe encore sur le col de la Perche, comme du temps de l’auberge. L’eau, elle, continue de se partager entre deux mers. Le train, lui, passe.





