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vendredi 26 décembre 2025

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Le seul hameau abandonné des Pyrénées où un berger vit seul avec 230 animaux depuis 40 ans

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Le silence absolu règne sur ces ruelles de pierre abandonnées depuis près d’un siècle. Seuls résonnent aujourd’hui les échos des cloches portées par 230 bêtes en liberté, gardées par un homme seul depuis quarante ans. À 800 mètres d’altitude sur les contreforts du Canigó, le hameau médiéval de Comes incarne l’ultime paradoxe catalan : un village fantôme habité par la vie pastorale.

Accessible uniquement après 1h30 de marche depuis Eus, ce labyrinthe de maisons effondrées et d’arches romanes résiste au temps grâce à Michel, berger transhumant qui perpétue ici une tradition pyrénéenne devenue exceptionnelle. Loin des circuits touristiques, ce cirque rocheux schisteux offre une immersion sensorielle dans la mémoire catalane vivante.

Découvrir Comes en décembre 2025, c’est marcher dans les pas des derniers habitants partis en 1936, tout en croisant les chèvres de Michel errant librement entre les pierres couvertes de thym sauvage. Une expérience unique dans les Pyrénées-Orientales.

L’incroyable histoire du dernier gardien de Comes

Quarante années de solitude pastorale assumée

Michel vit seul à Comes depuis 1985, dans un mobile-home installé après l’incendie de sa maison en 2014. Fils et petit-fils de berger, il a choisi cette liberté spatiale plutôt que la vie urbaine après l’acquisition familiale du hameau et de 250 hectares en 1955. Son cheptel compte aujourd’hui 150 brebis et 80 chèvres qui parcourent quotidiennement les terrasses abandonnées. Contrairement aux idées reçues, Michel n’est pas ermite : il accueille régulièrement les randonneurs égarés, moquant avec humour les légendes urbaines sur d’hypothétiques phénomènes paranormaux.

Une transhumance devenue patrimoine vivant

Cette présence pastorale continue constitue un cas unique dans les Pyrénées abandonnées. Alors que la plupart des hameaux désertés au XXe siècle sont devenus des ruines mortes, Comes résonne encore des bêlements matinaux et des clochettes rythmant les déplacements du troupeau. L’église Saint-Étienne, restaurée en 2010 par une association locale, accueille même un office religieux annuel le lundi de Pentecôte, perpétuant un lien ténu avec la vallée de la Gamme.

Un labyrinthe médiéval suspendu entre ciel et roche

Architecture catalane intégrée au chaos schisteux

Perché à 794 mètres d’altitude sur un éperon rocheux vertigineux, Comes étonne par son intégration parfaite au relief. Les maisons médiévales en schiste local épousent les anfractuosités du terrain, créant un dédale de ruelles pentues où la pierre bâtie se confond avec la roche mère. Mentionné dès 844 dans les archives catalanes, le hameau possédait un château en 1311 dont subsistent quelques pans de murs dominant la vallée. Les sécheresses récurrentes provoquèrent l’exode massif de 1924, achevé en 1936 avec le départ du dernier habitant traditionnel.

Panorama exceptionnel sur quatre horizons catalans

Depuis les hauteurs du village, le regard embrasse simultanément le massif du Canigó au sud, les Albères à l’est, les Aspres au nord-est et, par temps clair, la Méditerranée. Cette position stratégique explique l’implantation défensive médiévale, aujourd’hui reconvertie en belvédère naturel pour randonneurs contemplatifs. Le cirque géologique schisteux amplifie les sons, créant une acoustique naturelle où le moindre bêlement résonne comme dans une cathédrale minérale.

L’expérience sensorielle d’un silence habité

Immersion dans l’ambiance pastorale hivernale

Visiter Comes fin décembre offre une dimension unique : les brumes matinales se dissipent vers 10 heures, révélant progressivement les ruines baignées d’une lumière rasante dorée. Les températures oscillent entre 5 et 10°C, idéales pour la marche d’approche sans foule estivale. Les odeurs de thym sauvage et de romarin persistent malgré la saison, mêlées aux effluves animales des bergeries improvisées dans les anciennes demeures. Michel circule entre les terrasses avec ses chiens de berger, incarnation vivante d’un savoir-faire pyrénéen millénaire menacé de disparition.

Rencontre authentique avec le dernier berger

Contrairement aux sites touristiques aseptisés, Comes n’a ni billetterie ni horaires. Vous pourriez croiser Michel réparant une clôture ou rentrant son troupeau au crépuscule. Cette spontanéité constitue toute la magie du lieu : un échange informel avec le gardien des lieux, sans médiation commerciale. Certains randonneurs chanceux ont partagé son casse-croûte pastoral, découvrant les anecdotes locales sur les légendes de bruxes (sorcières catalanes) hantant prétendument les ruines la nuit venue.

Accès et conseils d’initié pour une visite réussie

Itinéraire pédestre depuis Eus

Le sentier balisé débute au parking gratuit d’Eus, village remarquable du Conflent à 760 mètres d’altitude. Comptez 1h30 de montée modérée avec 400 mètres de dénivelé positif cumulé. Le chemin longe des terrasses agricoles abandonnées avant de s’enfoncer dans le maquis. En hiver, privilégiez des chaussures à semelles crantées : la boue peut rendre les passages schisteux glissants après les pluies de décembre.

Alternative véhicule et meilleurs horaires

Depuis Perpignan (45 km, 50 minutes), empruntez la D619 puis la D118 vers Eus. Un accès 4×4 existe via le col de Tribes pour réduire la marche à 30 minutes, mais nécessite un véhicule adapté aux pistes caillouteuses. Pour photographes, la lumière optimale survient entre 16h et 17h en hiver, lorsque le soleil rasant embrase les façades ocre. Évitez les lendemains de pluie intense : le sentier devient impraticable par endroits sans équipement spéléologie.

Préparation matérielle essentielle

Emportez impérativement eau et encas : aucun ravitaillement sur place depuis l’abandon des citernes en 1924. Un vêtement coupe-vent reste indispensable même en apparente accalmie, la tramontane se levant brusquement sur ces crêtes exposées. Si vous souhaitez prolonger l’exploration du patrimoine pastoral catalan, le village éclaté de Jujols se situe à 25 kilomètres dans la même vallée, offrant une vision complémentaire de l’architecture montagnarde pyrénéenne.

Questions fréquentes sur Comes et son berger

Peut-on bivouaquer dans les ruines de Comes ?

Aucune interdiction formelle n’existe, mais le respect de la propriété privée de Michel s’impose. Privilégiez un campement discret à l’écart des zones de pâturage actives. Attention aux chutes de pierres depuis les murs instables la nuit : plusieurs effondrements récents ont été signalés après les pluies d’automne 2024.

Michel accueille-t-il les visiteurs toute l’année ?

Sa présence permanente rend les rencontres possibles en toute saison, mais hivernales imprévisibles selon ses obligations pastorales. Ne vous attendez pas à une visite guidée organisée : Michel vaque à ses activités quotidiennes et échange volontiers avec les randonneurs respectueux de son rythme de travail. Évitez les groupes bruyants qui perturbent le troupeau.

Comes est-il accessible aux enfants et débutants ?

Le sentier depuis Eus convient aux marcheurs occasionnels habitués aux terrains irréguliers. Déconseillé aux enfants de moins de 8 ans sans portage : passages escarpés avec vide latéral sur 200 mètres nécessitent vigilance constante. Les poussettes tout-terrain restent inutilisables sur ce type de cheminement caillouteux pentu.

Existe-t-il d’autres hameaux abandonnés similaires en Catalogne française ?

Le hameau d’En près de Prats-de-Mollo (40 km au sud) présente des caractéristiques comparables mais sans berger résident permanent. Casenoves dans la vallée du Tech (30 km) offre également des ruines médiévales, mais l’accès routier les a rendues moins authentiques. Pour une dimension historique complémentaire, explorez le refuge des passeurs de 1938 dans les Albères, témoignage d’un autre pan de mémoire catalane.

Quelle est la meilleure saison pour visiter Comes ?

L’automne (octobre-novembre) combine météo clémente, couleurs rouille du maquis et absence de foule estivale. Le printemps (avril-mai) fait exploser la flore sauvage mais augmente la fréquentation lors de l’office de Pentecôte. L’hiver actuel (décembre 2025) garantit solitude absolue mais exige préparation contre vents froids et courts horaires de lumière optimale.