Il y a des villages qu’on traverse sans s’arrêter, et d’autres dont l’âge vous saisit au détour d’une ruelle. Villemolaque appartient à la seconde famille, même si rien dans son allure de bourg viticole des Aspres ne le crie. Sous les façades chaudes et les platanes de la place, ce coin de plaine roussillonnaise cache une histoire qui remonte à plus d’un millénaire, et tout commence par le geste d’une femme.
15 mai 973: une mère, un fils, et la naissance écrite de Villemolaque
La scène mérite qu’on s’y attarde. Ce jour-là, une femme nommée Romelles, accompagnée de son fils Adalbert, signe un acte de donation: elle offre à l’église d’Elne son alleu, une terre possédée en toute propriété, située à un endroit que le scribe note « Villa Mulaca ». C’est la toute première fois que le nom du village apparaît dans un document.
Le futur Villemolaque vient d’entrer dans l’histoire par la porte d’un geste de générosité.
On connaît peu de choses de cette donatrice, et c’est presque mieux ainsi. Il reste son nom, celui de son fils, et la preuve qu’au Xe siècle déjà, une femme de cette plaine pouvait posséder une terre et en disposer. Le document a survécu à plus de mille cinquante ans d’histoire, aux guerres, aux incendies, aux changements de royaumes.
Le village, lui, est toujours là.
Son nom catalan, Vilamulaca, a gardé la mémoire de cette forme ancienne. Quand vous le prononcez, vous dites presque mot pour mot ce que le scribe a écrit en 973.
Les Aspres: un pays qui porte ses cailloux dans son nom
Villemolaque s’étend dans les Aspres, ce minuscule territoire coincé entre les sillons de la Têt au nord et du Tech au sud. Le nom de la région vient de la nature caillouteuse de ses sols, et il suffit de marcher entre les parcelles pour comprendre: la pierre est partout, roulée, chauffée par le soleil, bonne pour la vigne. Car c’est elle qui rythme le paysage.
La commune est historiquement viticole, et même si le recensement agricole de 2020 ne comptait plus que cinq exploitations, les rangs de ceps dessinent toujours l’horizon.
Le bourg, installé à 85 mètres d’altitude, n’est pas un village perché de carte postale. C’est un village de plaine, ouvert sur ses champs, et c’est précisément ce qui me plaît ici: aucune mise en scène, juste un lieu qui vit de ce qu’il cultive depuis des siècles. Aux derniers comptages de l’Insee, 1 278 habitants y résidaient en 2023, dans une commune classée bourg rural, à la fois à l’écart et proche de tout.
Que voit-on à Villemolaque ?
Le repère principal, c’est l’église Saint-Julien-et-Sainte-Basilisse, un édifice roman qui domine le cœur du village. Autour d’elle, les ruelles anciennes se parcourent en une demi-heure, sans prétention mais avec de belles surprises de pierre et d’ombre. Le village se visite à pied, tranquillement, et il se mérite autant qu’il se regarde.
Le calendrier local donne deux rendez-vous: la fête patronale le 7 janvier, et la fête communale le 21 octobre, quand le village s’anime en plein automne.
À 13 km de Perpignan: un détour facile toute l’année
Voilà l’un des vrais atouts du lieu: sa position. Villemolaque se trouve à seulement 13 km à vol d’oiseau de Perpignan, à distance égale de Céret et à 8 km de Thuir, la petite capitale voisine des Aspres. On y vient facilement depuis la préfecture, et ceux qui voyagent sans voiture ne sont pas oubliés: les lignes régionales liO 530 et 571 relient la commune à la gare de Perpignan.
Quand venir ? Honnêtement, presque n’importe quand. Le climat méditerranéen rend le village accessible en toute saison, mais j’ai un faible pour l’automne, quand les vignes tournent au cuivre et que la lumière baisse sur la plaine.
Octobre, avec la fête communale, est un excellent prétexte. Comptez une matinée pour le village et son église, davantage si vous combinez avec Thuir ou Céret, toutes proches.
Vaut-il vraiment le détour depuis Perpignan ?
Oui, si vous aimez les villages vrais plutôt que les décors. Ici, pas de boutiques de souvenirs ni de ruelles restaurées à l’excès: un bourg agricole, son église romane, ses vignes, et cette histoire fondatrice vieille de plus d’un millénaire. C’est le genre d’étape d’une heure ou deux qui donne de la profondeur à un séjour en Roussillon.
Le soir, quand la lumière rase les ceps et que le clocher se détache sur le ciel de plaine, on repense à Romelles et �� son fils Adalbert. Leur terre donnée en 973 est devenue un village. Le geste d’une femme, un nom sur un parchemin, et mille ans plus tard, des vignes qui continuent de pousser au même endroit.





