Sur l’avenue de France, un trottoir suffit. La chaussée reste française, tandis que le bord du trottoir à l’est appartient à l’Espagne. Au Perthus, dans les Pyrénées-Orientales, cette ligne traverse le village au lieu de rester au loin, derrière une barrière ou dans un paysage vide.
Le passage surprend par sa banalité: des vitrines, une rue, des gens qui avancent. Pourtant, vous changez bien de pays en quelques pas, sur l’axe appelé avenue de France côté français et avinguda Catalunya côté espagnol. C’est ce détail très concret qui donne au Perthus son caractère.
L’avenue de France, une rue partagée entre deux pays
Le Perthus est construit à cheval sur la frontière franco-espagnole. La partie française occupe le nord et l’ouest du village; l’est et le sud relèvent de La Jonquera, en Catalogne espagnole. Ici, la frontière se lit à hauteur de chaussures.
La bordure du trottoir-est est espagnole, la chaussée de la RN9 est française. Les bornes-frontière 574, 575 et 576 matérialisent cette séparation sur le terrain. Une frontière peut difficilement être plus visible.
Les commerces font partie du décor du Perthus, tout comme le mouvement continu des passants. Le village est connu pour ce rôle de passage entre la France et l’Espagne, avec une zone commerciale espagnole autrefois appelée Els Límits, maintenant El Portús. J’aime ce contraste: une rue ordinaire, coupée par une limite qui engage deux États.
Depuis 1659, le col du Perthus est devenu une frontière
La frontière existe ici depuis le traité des Pyrénées de 1659. Le Perthus appartient au Vallespir, territoire rattaché à la France par cet accord, tandis que la route garde l’Espagne à portée immédiate. L’histoire ne dort pas dans un panneau explicatif: elle suit le tracé du village.
Le site s’est développé dans le col du même nom. La France a conservé cette souveraineté afin de garder le fort de Bellegarde, qui contrôlait le passage entre les deux pays. Au-dessus des rues commerçantes, ce fort domine toujours la zone.
Le Perthus a aussi été un point de passage de la Retirada en 1939, lors de l’exil des Républicains espagnols après la guerre d’Espagne. Cette mémoire donne une autre densité à la route. Sous les enseignes et les façades, le passage a porté des vies bien plus lourdes que des sacs de courses.
Peut-on réellement passer la frontière à pied ?
Oui. L’avenue de France et l’avinguda Catalunya séparent les deux pays, avec une chaussée française et un bord de trottoir-est espagnol. Vous pouvez donc observer cette frontière sans quitter le village, simplement en suivant la rue.
555 habitants face à une frontière qui ne s’efface jamais
La commune du Perthus comptait 555 habitants en 2023. Ce nombre donne une échelle intime au lieu: la ligne entre la France et l’Espagne ne traverse pas une immense ville, elle passe au milieu d’une commune où le quotidien se joue à quelques mètres d’un pays à l’autre.
Le Perthus est à la frontière espagnole, dans les Pyrénées-Orientales, à 26 km à vol d’oiseau de Perpignan. La ligne régionale liO 533 relie la commune à la gare de Perpignan. L’accès fait partie de l’intérêt de l’escale: on arrive pour une rue, puis l’on comprend que tout le village s’organise autour d’elle.
Il ne faut pas attendre une saison précise pour saisir ce phénomène, car il tient au plan même du Perthus. La lumière peut changer, les vitrines aussi, mais le trottoir garde cette fonction étrange et très simple. Un pas à droite, l’Espagne.
Un pas à gauche, la France.





