Estagel/Une récolte d’abricote perdue : les agriculteurs dans la désespérance

Bernard nous montre ses arbres aux feuilles rabougries, la récolte ravagée par le gel.

Moins 5 degrés dans la nuit de mercredi 24 mars au jeudi 25 mars. Il n’en fallait pas moins pour réduire à néant le travail de toute une année. Ainsi, les vergers d’abricotiers situés dans la plaine dite d’Estagel, une nouvelle fois, ont subi les méfaits de dame nature.

Un agriculteur, qui depuis toujours, a l’habitude de tenir son journal, devait nous confier qu’en moyenne, tous les deux ans, cette intempérie vient saccager les arbres au printemps. Existe-t-il des moyens pour pallier à ces catastrophes ? Quelle prise en charge par les assurances ?

Des questions qui méritent des réponses

C’est sur le terrain, auprès des agriculteurs meurtris par ces nouveaux méfaits de la nature, qu’il faut être présents. Présents, pour mesurer l’angoisse des agriculteurs face à une nouvelle perte de récolte.
Pour sûr, nous sommes loin de tout raisonnement qui tend en permanence à culpabiliser ceux qui nourrissent les populations. Ceux qui font que nous pouvons nous délecter en dégustant leurs fruits. De plus, des fruits du pays, de notre pays. Pour ne pas voir cette détresse, avec les risques qu’elle comporte de gestes désespérés, il faut avoir une sacrée dose d’inhumanité.
Pour le cas, ce sont les abricotiers précoces qui ont subit les plus grosses pertes. Jusqu’à 100 % de l’avis des professionnels. Les plus tardifs dans une mesure moindre. Cependant, 70 % de la récolte sur cette dernière catégorie, serait aussi perdue d’après Bernard. Ce dernier a été notre guide dans les champs du désespoir, sur le lieu-dit « el pla ».

Les fruits secs gelés par le gel.



Des solutions, existent-elles ?

L’une d’entre elles serait de pouvoir compter sur les assurances. Ces dernières, sont-elles en mesure de prendre en compte le risque gel ? De couvrir les pertes ?
Une prévention existe, inscrite sous le vocable de « bougies » à la paraffine. Au niveau des coûts, il faut compter 2500 euros par hectare pour environ six à sept heures de lutte. Et cela sans compter la main-d’œuvre pour la mise en place et l’allumage des « bougies ». Il est bon de savoir, toujours informés par Bernard, que pour mettre en place 70 ares d’abricotiers, cela coûte environ 12 000 euros.

Pour les arbres tardifs, les quelques fleurs qui restent vont produire. Sur beaucoup de rameaux, plus de fleurs, emportées par le gel.


Un autre moyen pour prévenir le risque gel, serait l’aspersion, au risque de « laver ».
« Bonne affaire », est le premier réflexe dans les perspectives possibles, lorsque l’on sait que la plaine est outillée de l’aspersion sous pression. « Pourquoi pas », est donc la question. Encore faudrait-il que les communes concernées avec leurs maires, les responsables des ASA, les agriculteurs, puissent confronter leurs expériences, leurs connaissances. Le but étant, d’aider au maximum une profession qui souffre, qui mérite mieux que l’indifférence incompréhensible. En tous cas, qui mérite mieux que le mépris. Pour la zone de cette plaine et à notre connaissance, 5 à 6 agriculteurs seraient concernés. Ce ne serait d’évidence, pas la mer à boire, pour mettre en pratique une telle mesure si elle correspondait aux attentes.
Mais la toute première condition reste celle de tout faire pour que les lieux-dits concernés soient déclarées en catastrophe naturelle. Et là, entre en compte la responsabilité des communes en tout premier lieu.
Affaire à suivre !

Joseph Jourda