Estagel : avant les vendanges

Eric dans ses vignes au pied de son village, Montner



Nous sommes dans la période de l’année ou les vignerons, en attente des vendanges, aiment prendre quelques moments de repos à la terrasse ombragée des bistrots sur la place de nos villages. C’est un moment privilégié pour faire le point sur la récolte future, mais aussi pour parler d’avenir, de l’équipe de rugby et de bien d’autres choses encore. Un moment privilégié, ou en fait, la vie est au centre de tout.

C’est après les péripéties de cuves vidées par le CRAV ( comité régional d’action viticole), que nous avons pensé opportun de faire un tour d’horizon sur le monde de la viticulture. Pour être au plus près de la profession, nous avons choisi de rencontrer Eric, un passionné. L’image du vigneron, pendant des dizaines d’années, était celle du « seigneur de l’agriculture », et ce, pour de multiples raisons. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Un moment de détente avant les vendanges sur la terrasse du "café du commerce" à Estagel
Un moment de détente avant les vendanges sur la terrasse du « café du commerce » à Estagel

Eric Sibieude : sa passion, la vigne et le vin

Natif de Montner, Eric est la quatrième génération de vignerons de sa famille. Ces études faites à Carcassonne sanctionnées par un BTAO viticulture œnologie, il reprend l’exploitation familiale. Marcel, son père, de 1977 à 2000, a présidé aux destinées de son village. L’époque du travail en famille est loin. Eric, non sans nostalgie, évoque tous ces moments heureux ou le travail s’accomplissait avec fierté et dans la joie du travail bien fait.
Les choses ont bien changé et les structures, basées sur l’esprit de la coopération, continuent à être remises en cause de manières parfois perfides. Ainsi, des groupements de producteurs, sont aujourd’hui affiliés à la multinationale Invivo présente dans pas moins de trente pays dans le monde. Un monstre, construit dans l’intérêt d’appétits financiers, qui ose s’affubler du titre de « groupe coopératif ». Les professionnels connaissent bien les rouages et les mesquineries de ce système qui n’a plus rien à voir avec l’esprit de la coopération. Pour preuve, les milliers d’hectolitres de vins qui rentrent sur notre marché par cet intermédiaire. Ils viennent directement concurrencer nos productions locales.
Comme nous le rappelle Eric, c’est bien pour cela que des cuves ont étaient vidées dans la dernière période.
Renseignement pris, le seul groupement de producteurs qui existe dans notre département n’a jamais eu cette pratique et c’est tant mieux.
Eric, donnant sa perception sur la prochaine récolte, la donne pour inférieure de 30 à 40 pour-cent sur l’année dernière avec 10 à 15 jours de retard. Cela n’est pas, à ses dires, pour rassurer les exploitants aux prises avec de nombreuses difficultés.
Pour imager ses propos, il donne des chiffres. En 1990, un hectolitre de Côtes du Roussillon Village était rémunéré environ à 90 euros. Aujourd’hui, la même appellation est payée au prix de 110 euros. Une augmentation de 20 euros en 25 ans alors que les produits indispensables ont fait des sauts vertigineux dans l’escalade.

Des propositions

Dans le même temps, Eric fait des propositions.
Entre autres celle d’opérer des regroupements pour diminuer les frais de vinification. Il précise que regroupement ne veut pas dire fusion. Sur ce thème-là, il est intarissable et notre feuille blanche serait loin de suffire pour porter toutes ses idées.
L’autre proposition, est de se dépêcher de faire le nécessaire pour activer les démarches amenant vers l’arrosage partout ou cela est possible. Là, ce sont les pouvoirs publics qui sont désignés, qui doivent prendre le relais en écoutant ceux qui toute l’année ont la tête dans les ceps de vigne. C’est simplement mathématique précise-t-il. Pour diminuer les frais, il faut produire plus et ne pas uniquement compter sur la qualité que nous améliorons d’année en année.
Enfin, pour lui, l’avenir ne peut s’ouvrir que si la grande distribution payent les vins suivant les coûts de production en laissant un revenu décent aux vignerons.

L’autre passion d’Eric, le rugby à XIII

Eric préparant la rifle de l'amicale des Dragons de l'Agly
Eric préparant la rifle de l’amicale des Dragons de l’Agly

Ancien joueur, il ne ménage pas sa peine pour porter le plus haut possible, la générosité, l’apprentissage de la vie, que représente une équipe de rugby. Ainsi, coprésident du RCCA le Soler, (rugby Club Coteau d’Agly), il officie également à la responsabilité de président de l’amicale des Dragons de l’Agly.
Dans ce domaine également, Eric ne compte pas en rester là. Ainsi, la mise en place d’une école de rugby est-elle une des priorités en passe de se concrétiser. C’est son amie Colette Tignères, présidente de Baho XIII, qui le soutient dans cette démarche, combien prometteuse pour l’avenir du XIII. Mais, osons le dire, pour redonner toutes ses valeurs, tous ses titres de noblesse, au rugby de village.
Eric est un bavard. Son savoir sur la vigne et le vin est grand, tout comme sur les situations sociales que cette profession a traversé. Ses nombreuses anecdotes émaillent toutes les discussions sur ce sujet et nous en sommes persuadés, emplissent sa pensée, lorsque seul, dans son environnement magistral, il refait le monde.
Son sport préféré aussi, est une longue série d’aventures humaines que nous prendrons plaisir à vous compter.
Mais cela une autre fois.
Une chose est certaine. Comment mieux mettre en avant les atouts de notre pays catalan, le faire aimer, apprécier, sinon en mettant sur le devant de la scène nos productions, nos vins, le rugby, notre sport préféré.
Sa compagne Sandrine, lui laissant une réelle liberté pour assouvir ses passions, cela ajouté au soutien de ses filles, Anaïs et Audrey, gageons qu’Eric n’a pas fini de nous surprendre pour aider notre pays à vivre, en faisant connaître aux autres, une partie de ses richesses.
Avec la passion dans le geste et la voix qui anime si bien Eric, le succès est assuré, l’avenir grand ouvert.
Joseph Jourda