Depuis 814, cette ville catalane existe, mais c’est Picasso qui l’a rendue célèbre

La lumière tombe presque à la verticale sur les ruelles pavées de Céret, sous les platanes qui ombragent les terrasses. On y respire une odeur de cerise mûre en juin, mêlée à celle de la peinture qui séchait déjà dans les ateliers du Vallespir. Cette petite sous-préfecture des Pyrénées-Orientales cache une histoire que sa taille ne laisse pas deviner.

814, la première fois que Céret apparaît sur un parchemin

Un texte. Une date. Rien d’autre.

C’est en 814 que le nom de la ville est mentionné par écrit pour la première fois, dans une vicomté du Vallespir alors indépendante du royaume de France.

Il faudra attendre des siècles pour que tout bascule. En 1659, le traité des Pyrénées se négocie ici même, et rattache définitivement la vallée du Tech, jusqu’à Céret, au royaume de France. La frontière catalane, elle, reste à quelques kilomètres, de l’autre côté des crêtes.

Quand Picasso, Matisse et Chagall ont posé leurs valises ici

Ce n’est pourtant pas 814 qui a fait la réputation de Céret. Au début du XXe siècle, des peintres cubistes s’installent dans la ville et transforment ses ateliers en lieu de création. Picasso, Matisse, Chagall et Miró y passent, et laissent une trace qui dépasse largement le Vallespir.

Cet héritage vit toujours dans les collections du musée d’Art Moderne de la ville. On y croise des œuvres de ces quatre artistes, accrochées dans une sous-préfecture de moins de 8 000 habitants où personne, a priori, ne les attendait.

Peut-on venir en train ?

Non. L’ancienne ligne qui desservait Céret n’accueille plus que des trains de fret entre Elne et Le Boulou. Pour rejoindre la ville, il faut la voiture, un bus ou un taxi depuis Perpignan ou Le Boulou.

Que voir en dehors du musée ?

Le Pont du Diable, pont médiéval auquel s’attache une légende locale, mérite le détour. On peut aussi rejoindre l’ermitage Saint-Ferréol, longer les anciens remparts ou s’arrêter devant la fontaine dite « à neuf jets », au centre du vieux Céret.

Les cerises, l’autre fierté catalane de Céret

Chaque année, les premières cerises de la saison partent d’ici. Elles sont envoyées, symboliquement, au président de la République. Le geste dure depuis longtemps et dit à lui seul le rapport que la ville entretient avec son verger.

En été, féria et corridas traditionnelles rythment le calendrier catalan de Céret. Les fêtes locales autour des cerises s’y ajoutent, dans les mêmes semaines. La ville, alors, ne ressemble plus vraiment à la sous-préfecture tranquille du reste de l’année.

Comment rejoindre Céret et quand y aller

Céret se trouve à 26 km à vol d’oiseau de Perpignan. Depuis la préfecture, on rejoint la ville par l’autoroute A9 jusqu’au Boulou, puis par la départementale D115. Sans gare en service, la voiture reste le moyen le plus simple.

La ville se visite toute l’année. Mais le printemps et l’été concentrent l’essentiel: récolte des cerises en juin, féria estivale, terrasses pleines sous les platanes. Le centre-ville, compact, se parcourt à pied en quelques heures, musée compris.

Un détail pour la table: la ville compte au moins une adresse référencée au guide Michelin, L’Atelier de Fred. De quoi prolonger la visite au-delà des tableaux.

Sept mille cinq cent vingt et un habitants vivent aujourd’hui à Céret. Ils croisent chaque jour les toiles que Picasso a laissées derrière lui, sans plus vraiment y prêter attention.