Découverte archéologique : la cathédrale primitive d’Elne

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La ville d’Elne possède un riche passé avec 25 siècles d’occupation ininterrompue. Installée sur un promontoire (oppidum) qui domine la plaine du Roussillon, au carrefour de grandes voies commerciales, elle est la plus ancienne cité du Roussillon. Le Département réalise depuis 2015 un chantier de fouille programmée aux abords de la cathédrale actuelle d’Elne, sur le plateau des Garaffes.

Cette fouille est ouverte tous les étés au mois de juillet et accueille des étudiants venus de toute la France se former à l’archéologie. Elle est réalisée sous le contrôle scientifique de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie et est menée en partenariat avec la municipalité d’Elne et l’Université de Perpignan Via-Domitia.

Sous la chapelle Saint-Etienne…
Cette fouille archéologique, d’environ 200 m2 d’emprise, est effectuée à l’emplacement d’une petite chapelle qui faisait partie de l’ensemble cathédral d’époque romane : la chapelle Saint-Etienne. Elle est mentionnée pour la première fois dans les textes en 934. Elle a été détruite après la Révolution lors de la vente des biens de l’Église et il n’en reste aujourd’hui que peu de vestiges. Seule une partie de l’abside est conservée, le reste des murs a été épierré, faisant ainsi office de carrière pour les matériaux.

Sous la chapelle Saint-Etienne, des murs puissants ont été mis au jour durant la fouille. Il s’agit d’un grand bâtiment, orienté comme une église. Aujourd’hui, les archéologues ont acquis la conviction que cette grande église, antérieure à la cathédrale actuelle et aussi imposante qu’elle, n’est autre que la cathédrale primitive.

C’est une découverte majeure, d’un point de vue patrimonial mais aussi scientifique. Cet édifice, dont malheureusement seules les fondations sont conservées, a été construit entre le VIe siècle et le IXe siècle. Il a été érigé en bordure du plateau, certainement trop près de la pente et une partie du chevet s’est effondré dans la falaise motivant la construction d’une nouvelle cathédrale, la cathédrale actuelle, un peu plus en retrait.

Cette cathédrale, ainsi mise au jour, correspond à un bâtiment monumental, avec un chevet de 11 m de diamètre et une nef large de plus de 16 m. A titre de comparaison, la cathédrale actuelle possède un chevet de 8,60 m de diamètre, flanqué de deux absidioles.

Les hypothèses scientifiques
Un peu d’histoire pour savoir s’il s’agit de la première cathédrale ou d’un bâtiment intermédiaire… Le premier évêque d’Elne est mentionné en 571 dans les textes. Elne devient donc, dès la fin du VIe siècle, le siège d’un évêché qui structure alors une communauté chrétienne très ancienne. En 350, Elne rentre dans la grande histoire avec le massacre d’un empereur romain. En janvier 350, l’empereur Constant, fils de Constantin, est victime d’une conspiration militaire. Un officier, Magnence, se fait acclamer empereur à Autun. Ancien esclave de Constantin Ier, celui-ci était finalement devenu général en chef des armées de Constant sur le Rhin. L’empereur légitime tente de fuir vers l’Hispanie, mais il est rattrapé à Elne, par les hommes de main de Magnence, dirigés par un dénommé Gaiso. Réfugié dans une église, l’Empereur est extrait de force avant d’être mis à mort. Cette mention d’une église, dès 350, est la plus ancienne de Gaule.

Les archéologues ont émis l’hypothèse que cette église se trouvait en ville basse, dans le secteur de la place du Planiol où une grande nécropole de cette période a été mise au jour dans les années 1960 par Roger Grau. Il pourrait s’agir de l’église Saint-Pierre qui a probablement été le siège du premier évêché, le temps de construire une nouvelle cathédrale, celle mise au jour par les archéologues du Département.

Au temps d’Illibéris
Sous cette église, les archéologues supposent la présence d’un empilement de couches de près de 3 mètres qui correspond aux successions d’occupation de la ville, depuis nos jours jusqu’au VIe siècle avant J.-C. C’est un livre ouvert et prometteur sur l’histoire de cette cité et sur celle de notre département.

Des maisons d’époque gauloise commencent à être mises au jour avec des murs, dont la base est construite en pierres, conservés sur plus de 1 mètre de hauteur, ce qui est remarquable pour la période. Entre le IVe siècle et le IIIe siècle avant notre ère, Elne bénéficie des influences de la civilisation Ibère, qui se développe en Espagne. A cette époque, l’agglomération qui porte le nom d’Illiberis, couvre plus de dix hectares ce qui correspond à l’actuelle ville haute mais intègre aussi le puig de les Forques, l’actuel groupe scolaire Joseph Néo. La ville était alors enserrée dans un rempart, complété par un fossé d’au moins 9 mètres de largeur.

Recherche en cours du virus de la peste
À la fin de la campagne précédente, les archéologues ont mis au jour plusieurs sépultures. Les sujets étaient inhumés avec peu de soins et l’une des tombes renfermait deux sujets enterrés tête bêche et en chien de fusil (photo ci-contre). Ces tombes sont des sépultures d’urgence liées probablement à un événement sanitaire particulier. Elles sont datées des XVIIe-XVIIIe siècles par le carbone 14 et pourraient être liées à un des épisodes de peste qui a durement frappé le Roussillon au milieu du XVIIe siècle. Des recherches sur de l’ADN bactérien, susceptible d’être conservé dans les ossements, vont être menées afin d’identifier le bacille ou le virus qui a entraîné ces décès.

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