Chantée par un poète catalan, cette cité de fées dort sous un village du Roussillon

Il faut quitter la départementale, monter un peu, et laisser les vignes se refermer derrière soi. L’air des Aspres sent la pierre chaude et la terre sèche. Le village de Terrats ne fait pas de bruit, mais quelque part sous ses collines, entre deux gorges et des falaises d’argile rouge, on raconte qu’une ville entière attend.

Une ville habitée par des fées.

Mirmanda, la cité que seuls quelques bergers auraient vue

Son nom est Mirmanda. Elle aurait existé « alors que Barcelone n’était qu’un pré », dit la légende, ce qui est une façon très catalane de dire: avant tout le monde. Le domaine appartenait aux encantades, les fées, jusqu’au jour où la mer est remontée d’un coup et a tout englouti.

Invisible au commun des mortels. C’est la partie de l’histoire que je préfère. Seuls quelques bergers l’auraient aperçue, et certains, appréciés des fées, en seraient repartis très riches.

On ne vous dit pas ce qu’ils y ont vu, ni ce qu’ils ont rapporté. Le récit s’arrête là, exprès.

Des cheminées de fées en argile rouge qui ressemblent à des ruines

Le lieu-dit se trouve sur la rive droite du torrent de la Canterrane, juste après les gorges. Et là, on comprend d’où vient la légende. Les falaises d’argile rouge se sont creusées en cheminées de fées, des colonnes effilées qui, de loin, dessinent des silhouettes de murs et de tours effondrées.

Ajoutez les vestiges mégalithiques des alentours, avec des lieux-dits qui ne trompent personne sur l’ambiance: le Roc de las Lloca, et surtout El camp dels Morts, le champ des morts. Des pierres levées, une roche couleur sang, un torrent encaissé. Les habitants d’ici n’ont pas eu besoin d’inventer grand-chose.

Comment une légende de bergers arrive dans « Canigó »

Une histoire de village reste rarement une histoire de village. Celle-là a franchi la frontière littéraire: au XIXe siècle, Jacint Verdaguer, le plus grand poète catalan, glisse Mirmanda dans son poème « Canigó ». D’un coup, la cité engloutie de Terrats entre dans le patrimoine catalan.

Elle est aussi consignée noir sur blanc en 1899, dans le Guide historique et pittoresque du département des Pyrénées-Orientales de Pierre Vidal. Une légende orale de bergers qui finit dans un guide de voyage et dans un grand poème, c’est déjà une forme de survie.

Peut-on aller voir Mirmanda aujourd’hui ?

On va voir le décor, pas la cité: le lieu-dit se situe sur la rive droite de la Canterrane, après les gorges, au milieu des falaises d’argile. Ce sont les cheminées de fées et le relief creusé qui font le spectacle. Le reste appartient au récit.

Terrats se visite en combien de temps ?

Comptez une escapade courte plutôt qu’une journée entière: le village, les abords de la Canterrane et les vignes autour. Terrats se combine avec Thuir, à 3 km, et Castelnou, à environ 6 km, pour remplir une vraie journée dans les Aspres.

À 14 km de Perpignan, mais on n’y passe jamais par hasard

Terrats est dans les Pyrénées-Orientales, en pleine région des Aspres, à 14 km au sud-ouest de Perpignan. Depuis la préfecture, la route passe par Thuir puis Llupia. Sans voiture, la ligne 570 du réseau régional liO relie la commune à la gare de Perpignan depuis Fourques.

Venez au printemps ou à l’automne. Le climat méditerranéen d’ici a l’été chaud et sec, et l’arrière-pays des Aspres se marche nettement mieux hors des grosses chaleurs. Si vous aimez les villages quand ils vivent leur propre calendrier, les fêtes patronales tombent en janvier, autour du 7-8 puis du 22.

Un village de vignerons qui a gardé sa part d’ombre

Au XIIIe siècle, la seigneurie appartenait aux Templiers. Ajoutez les dolmens et les pierres gravées éparpillés dans les Aspres et vous obtenez un territoire où chaque colline a l’air de cacher quelque chose. Les vignes, elles, occupent la quasi-totalité du paysage.

C’est pour ça que Terrats mérite un détour et pas seulement un panneau sur la route de Castelnou. On y vient pour marcher au bord d’un torrent, regarder des falaises rouges se découper au-dessus des ceps et se raconter qu’en dessous, quelque part, il y a une ville.

La mer est repartie depuis longtemps. L’argile rouge, elle, continue de s’éroder en tours et en murailles au-dessus de la Canterrane. Les bergers ne montent plus.

Les fées attendent toujours.