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mardi 30 décembre 2025

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Cette ville de 100 000 habitants à 30 km de l’Atlantique où 1000 dromadaires traversent le souk chaque samedi

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Cette ville de 100 000 habitants à 30 km de l’Atlantique où 1000 dromadaires traversent le souk chaque samedi. Guelmim défie toute logique géographique. Capitale régionale moderne coincée entre l’océan et le Sahara infini, elle garde ses traditions caravanières millénaires.

À 200 kilomètres d’Agadir, la lumière du matin dore les dunes ocre qui surplombent cette vallée secrète. Le bruit lointain du souk Amhayrich s’élève déjà sous la chaleur naissante. Ici commence le véritable Maroc désertique, sans filtre touristique.

La ville qui ne devrait pas exister ici

La route N1 bascule soudainement de l’oasis du Souss vers les dunes caillouteuses. Guelmim apparaît comme une énigme géographique. Cette capitale de la région Guelmim-Oued Noun contrôle un territoire désertique immense depuis une vallée à 200 mètres d’altitude.

Les avenues Hassan-II côtoient des campements nomades en périphérie. Les bâtiments gouvernementaux modernes voisinent avec des tentes berbères ancestrales. La géographie semblait pourtant interdire qu’une ville de cette taille s’épanouisse à la fois si proche de l’océan et déjà immergée dans la culture saharienne pure.

30 kilomètres séparent Guelmim de l’Atlantique. 400 kilomètres la distancent de Laâyoune au sud. Cette position stratégique entre la plaine du Souss et le Sahara marocain a forgé une identité unique. Ni tout à fait côtière, ni totalement désertique.

Le plus grand marché aux chameaux du Maroc reste vivant

Chaque samedi matin, plus de 1000 dromadaires convergent vers le souk Amhayrich. Ce marché hebdomadaire perpétue des échanges commerciaux vieux de plusieurs siècles. Cette expérience contemplative du temps désertique rappelle les rythmes ancestraux des caravanes.

Un rituel caravanier inchangé depuis le XVIIIe siècle

La poussière dorée se soulève sous les sabots des dromadaires. Les négociations se déroulent en hassanya, langue des nomades. Les éleveurs berbères et les marchands sédentaires partagent le thé sous des tentes improvisées.

Sidi Mohammed ben Abdallah avait fait de Guelmim le centre caravanier vers Tombouctou au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, le souk conserve cette authenticité brute. Aucune mise en scène touristique ne vient altérer les échanges entre bétail varié et produits sahariens.

Une cité almoravide de 1000 ans classée en 2024

À 12 kilomètres à l’est, le site archéologique de Noul Lamta révèle 20 000 mètres carrés de vestiges urbains du XIe siècle. Les fouilles maroco-espagnoles se poursuivent depuis 1992. Ce premier monument national de la région Guelmim-Oued Noun a été classé récemment.

Comme l’explique Omar Bensaid, directeur régional de la Culture : « Ce classement marque une étape importante pour la sauvegarde du site, permettant de mieux le préserver face aux risques de destruction. » Les gravures rupestres d’Adrar n Zerzem complètent ce patrimoine avec 300 gravures millénaires.

Entre océan Atlantique et dunes infinies

Le contraste géographique de Guelmim se vit concrètement. 30 kilomètres au nord-ouest, la Plage Blanche étend son sable immaculé face aux vagues atlantiques. Cette alternative méconnue aux destinations saturées offre un patrimoine naturel exceptionnel.

La Plage Blanche à 30 kilomètres du désert

L’excursion d’une journée coûte entre 500 et 800 dirhams par personne. Les agences locales organisent des circuits en 4×4 vers cette plage emblématique. Le sable blanc contraste avec les dunes ocre qui surplombent directement l’océan.

L’oasis de Tighmert, à 10 kilomètres, abrite 700 familles au milieu des palmeraies vertes. Le musée du Caravansérail y présente les traditions nomades des tribus Chleuh et Reguibat. Les bivouacs dans le désert coûtent entre 1000 et 2000 dirhams pour une nuit sous les étoiles.

Tajines nomades et thé sous les tentes

Le méchoui d’agneau se prépare selon les recettes ancestrales nomades. Les tajines mêlent dattes locales et amandes dans des parfums sahariens authentiques. Le pain nomade accompagne ces spécialités préparées avec les produits de l’argan.

L’artisanat local propose bijoux touaregs en argent, tapis berbères aux motifs géométriques et cuirs travaillés selon les techniques sahariennes. Le rituel du thé, partagé dans le silence contemplatif, respecte l’hospitalité nomade traditionnelle.

Guelmim garde son mystère face aux destinations saturées

Ouarzazate attire les circuits Hollywood avec ses 170 000 habitants. Zagora mise sur le marketing désertique classique. Guelmim conserve son authenticité avec 20 à 30% de coûts inférieurs à la moyenne nationale marocaine.

Les hébergements oscillent entre 200 et 800 dirhams la nuit selon le standing. Les repas moyens coûtent entre 80 et 150 dirhams. Cette perception ralentie du temps architectural saharien caractérise l’atmosphère unique de la ville.

Le site de Noul Lamta reçoit moins de 1000 visiteurs par an contre les foules d’Aït-Ben-Haddou. Cette préservation du patrimoine permet une découverte intime des vestiges almoravides et des traditions caravanières vivantes.

Vos questions sur Guelmim, porte du désert marocain, répondues

Quel est le meilleur moyen d’accéder à Guelmim depuis la France ?

Vol direct Paris, Lyon ou Marseille vers Agadir entre 200 et 450 euros aller-retour. Durée de vol entre 3h et 4h selon la ville de départ. Location de voiture à l’aéroport Al Massira entre 50 et 80 euros par jour.

Route N1 Sud pendant 3 heures sur 200 kilomètres jusqu’à Guelmim. Alternative en bus CTM Agadir-Guelmim en 4 heures pour 100 à 150 dirhams. Pas de liaison ferroviaire directe, gare la plus proche à Tiznit à 110 kilomètres.

Le marché aux chameaux est-il touristique ou authentique ?

Le souk Amhayrich demeure un marché fonctionnel réel fréquenté par les nomades et éleveurs locaux. Ouverture chaque samedi matin de 6h à 12h, accès gratuit. Photos autorisées dans le respect des vendeurs.

Quelques guides locaux proposent un contexte culturel facultatif. L’ambiance reste brute avec poussière, négociations en hassanya et aucune mise en scène contrairement aux souks touristiques de Marrakech. Comme le confirme un éleveur local : « Nous vendons nos bêtes ici depuis toujours, les touristes sont les bienvenus mais nous ne changeons rien pour eux. »

Guelmim est-elle moins chère que Marrakech ou Ouarzazate ?

Oui, Guelmim affiche des tarifs 20 à 30% inférieurs aux destinations touristiques établies. Hébergement entre 200 et 800 dirhams contre 300 à 1200 dirhams à Marrakech. Repas entre 80 et 150 dirhams contre 120 à 200 dirhams dans les villes touristiques.

Excursions désertiques entre 500 et 1500 dirhams contre 800 à 2500 dirhams depuis Zagora. Entrée du site archéologique de Noul Lamta à 50 dirhams environ contre 70 dirhams pour Aït-Ben-Haddou. Cette différence tarifaire s’explique par la fréquentation touristique encore modérée.

Le crépuscule teinte l’embouchure de l’Oued Noun d’un orange profond. Les silhouettes des derniers dromadaires traversent l’horizon ocre tandis que les ruines du Fort Bou Jerif se dessinent contre le ciel. Guelmim murmure son secret : ici, le désert commence là où l’océan hésite encore.