Il y a des villages qu’on traverse sans les voir. Saint-Féliu-d’Amont n’est pas de ceux-là: il se donne d’abord par son église romane dressée au-dessus des toits, par ses ruelles qui montent doucement, par cette lumière du Roussillon qui fait brûler les pierres en fin de journée. On arrive depuis la vallée de la Têt, entre vergers et peupliers, et le bourg apparaît d’un coup, posé sur sa légère éminence au nord-est des Pyrénées-Orientales.
Mais ce qui intrigue, en lisant le panneau, c’est ce « d’Amont ». Car à quelques minutes de route, un autre panneau annonce presque le même nom. Presque.
1,4 km séparent deux villages qui portent le même nom
Voici l’histoire qui fait sourire tous ceux qui découvrent le coin. Saint-Féliu-d’Amont a un voisin, Saint-Féliu-d’Avall, situé à 1,4 km à peine. Deux communes distinctes, deux mairies, deux clochers, et un seul saint patron partagé: Félix, Feliu en catalan.
Pour s’y retrouver, la langue a fait le tri. En catalan, le village se nomme Sant Feliu d’Amunt, « amunt » signifiant tout simplement « amont ». Le français n’a fait que calquer le mot.
Le voisin, lui, a hérité du suffixe contraire. Résultat: deux panneaux jumeaux plantés face à face, et des générations de facteurs, de livreurs et de visiteurs qui se sont trompés de Saint-Féliu.
Je trouve ça irrésistible. Peu de villages français peuvent se targuer d’avoir un double aussi proche, assez proche pour qu’on aille de l’un à l’autre à pied sans même s’en rendre compte.
Remparts du XIIIe siècle et oratoire du XVIIe: un bourg qui a gardé ses pierres
Ne vous fiez pas à la taille modeste du bourg. Saint-Féliu-d’Amont conserve des vestiges de remparts du XIIIe siècle, témoins d’une époque où le Conflent se protégeait derrière des murailles. On en devine encore les traces en flânant autour du cœur ancien, là où les rues épousent le tracé de l’ancienne enceinte.
Plus discret, un oratoire du XVIIe siècle veille sur le village. Ces petites chapelles de chemin, le Roussillon en est parsemé, mais celle-ci a traversé les siècles sans perdre sa fonction de repère. Elle donne au bourg ce petit quelque chose de figé, de préservé, qu’on ne fabrique pas.
L’église romane complète le tableau. En pierre du pays, sobre, massif, le bâtiment concentre à lui seul des siècles de vie villageoise. Autour, les façades anciennes et les placettes ombragées composent un centre-bourg qui se visite lentement, en moins d’une heure, mais qu’on n’oublié pas sitôt reparti.
1 292 habitants, et un territoire à 95 % agricole
Saint-Féliu-d’Amont compte 1 292 habitants, les Saint-Féliciens, et le chiffre a fortement grimpé depuis les années 1970. Pourtant, le bourg a gardé son âme rurale: l’essentiel de son territoire reste couvert de cultures, vergers en tête, comme presque partout dans cette plaine de la Têt qui nourrit le Roussillon.
Le village vit au rythme du Conflent, cette région historique des vallées qui « confluent » vers le lit de la Têt. Les fêtes communales rythment l’année: le 10 février et le 15 août, le bourg sort tables, bandas et guinguettes. Si vous passez dans le coin à la mi-août, c’est le bon moment pour croiser les habitants dehors.
Peut-on visiter Saint-Féliu-d’Amont et Saint-Féliu-d’Avall dans la même journée ?
Oui, et c’est même la bonne idée du coin. Les deux bourgs se touchent presque, à 1,4 km l’un de l’autre. Comptez une petite demi-journée pour flâner dans les deux centres anciens, églises et oratoire compris, sans vous presser.
Quelle est la meilleure saison pour y aller ?
Le climat méditerranéen rend la visite agréable toute l’année. L’été est chaud, c’est la pleine saison des vergers et des fêtes. Le printemps et l’arrière-saison offrent une lumière plus douce sur les pierres, mon choix personnel pour les photos.
À 14 km de Perpignan: l’escale facile de la vallée de la Têt
Concrètement, le village se niche dans la vallée de la Têt, à 14 km à vol d’oiseau de Perpignan. Depuis la préfecture, c’est une sortie d’une vingtaine de minutes en voiture, à enchaîner avec les autres bourgs de la plaine: Corneilla-la-Rivière, Millas, Pézilla-la-Rivière.
Sans voiture, c’est jouable aussi. Les lignes régionales liO 512 et 520 relient la commune à la gare de Perpignan, l’une depuis Corbère, l’autre depuis Prades. Pratique pour une escapade d’une journée sans prendre la route.
Sur place, tout se fait à pied. Le centre ancien se boucle en une heure tranquille, deux si vous traînez devant l’église et cherchez les restes des remparts. Prévoyez simplement de l’eau en plein été: le soleil du Roussillon ne plaisante pas.
Alors, d’Amont ou d’Avall ?
Les deux, évidemment. Saint-Féliu-d’Amont est fait pour les amateurs de villages vrais, sans artifice ni foule: des pierres du XIIIe siècle, un clocher roman, des vergers à perte de vue, et cette histoire de jumeau à raconter en rentrant.
Le soir tombe sur la plaine de la Têt, les peupliers se découpent contre le Canigou au loin, et les deux clochers se répondent dans la pénombre. Amont, avall. Un kilomètre à peine, et deux villages qui se ressemblent sans jamais se confondre.





