La brume matinale caresse les façades ocre d’Oingt. À 520 mètres d’altitude, ce village de 661 âmes s’éveille dans la lumière dorée du Beaujolais. Depuis 1010, date de sa première mention sous le nom Iconium, ces pierres calcaires capturent la lumière comme nulle part ailleurs dans le Rhône.
C’est le seul village du département classé parmi Les Plus Beaux Villages de France. Une singularité qui interroge quand on découvre sa densité patrimoniale : 1 monument classé pour 55 habitants, un ratio supérieur à Venise ou Avignon.
La pierre dorée qui change selon la lumière
Le calcaire oolithique du Jurassique révèle ses secrets dès l’arrivée. Cette roche fossilisée prend des teintes argentées à l’aube, dorées à midi, rougeoyantes au crépuscule. Les micro-organismes pétrifiés créent des reflets métalliques uniques sous certaines incidences.
Du donjon du XIIIe siècle, le panorama embrasse 30 kilomètres de vignobles. Par temps clair, les Alpes, le Jura et le Mont Blanc se dessinent à l’horizon. La vallée de l’Azergues s’étire en contrebas, ponctuée de hameaux aux toits de tuiles romanes.
« À 16h30 par temps clair, les façades sud prennent une teinte de miel liquide qui semble irradier de l’intérieur », témoigne Marc Lenoir, photographe lyonnais auteur de l’exposition « Lumière Dorée » en 2024.
Le seul village du Rhône à conquérir ce titre
Oingt détient une exclusivité régionale remarquable. Aucun autre village du Rhône n’a obtenu le label « Plus Beaux Villages de France » depuis sa création en 1982. Cette reconnaissance tardive, acquise en 2012, révèle une authenticité préservée que même ce village provençal où 41 fontaines murmurent l’histoire d’une capitale oubliée depuis 700 ans pourrait envier.
Un donjon de 30 mètres et des remparts du XIIIe siècle
Le donjon médiéval abrite un musée avec collections historiques et fossiles. La montée révèle l’architecture militaire d’origine : meurtrières, voûtes en berceau, escalier à vis. La porte fortifiée de Nizy garde l’entrée sud du village fortifié.
Cette position stratégique surveillait la voie antique reliant Saône et Loire. « Oingt contrôlait le commerce du vin entre Beaujolais et Lyonnais, essentiel à l’économie médiévale », précise Antoine Rousseau, médiéviste auteur de « Le Beaujolais médiéval ».
12 monuments classés pour moins de 700 habitants
L’église Saint-Mathieu du XIIe siècle, les maisons à colombages Renaissance, les lavoirs historiques composent un patrimoine exceptionnel. Cette densité de 10 monuments classés par kilomètre carré dépasse celle de ce village normand de 3 287 habitants où une abbaye du XIe siècle veille sur la plus ancienne halle de France.
Les remaniements Renaissance attribués à Philibert Delorme au XVIe siècle ajoutent une dimension architecturale unique. Linteaux sculptés, encadrements fleuris et ferronneries ouvragées témoignent de cette prospérité passée.
Ce qu’on fait vraiment à Oingt
La visite débute place de l’Église, cœur du village médiéval. Les ruelles pavées serpentent entre façades dorées et toits de tuiles. Le silence règne dans ces passages étroits où résonne l’écho des pas sur la pierre ancienne.
Monter au donjon pour le panorama Beaujolais
L’ascension du donjon-musée coûte 6,50 euros. Les collections retracent mille ans d’histoire locale. Au sommet, la vue porte sur les crus du Beaujolais : Morgon, Fleurie, Chiroubles s’étagent sur les pentes. L’itinéraire piéton complet demande 4 à 5 heures avec pauses contemplation.
Le parcours sensoriel « La Pierre qui Parle » utilise la réalité augmentée depuis septembre 2024. Les bornes interactives révèlent l’évolution architecturale du village. Meilleure luminosité : fin d’après-midi pour les photographes.
Déguster les vins AOP Beaujolais et spécialités locales
Les caves proposent dégustations de 10 à 30 euros. Le Beaujolais blanc, rare, accompagne parfaitement les spécialités : charcuteries, coq au vin, Saint-Marcellin. Un repas complet coûte 35 à 45 euros dans ce quartier Renaissance de 14 500 habitants garde 36 monuments classés à 2h30 de Paris sans foule.
L’artisanat local prospère : ateliers de taille de pierre, ferronnerie d’art, poterie. La Maison de la Pierre Dorée, ouverte en mai 2025, initie aux techniques ancestrales de construction.
Le village que Lyon ignore à 30 minutes
Paradoxe géographique saisissant : 2 millions d’habitants s’agitent à Lyon, 30 minutes suffisent pour rejoindre ce havre médiéval. La ligne 90.16 relie Lyon Part-Dieu à Oingt en 55 minutes pour 5,90 euros. Huit allers-retours quotidiens facilitent l’escapade sans voiture.
Cette proximité n’a pas altéré l’authenticité villageoise. 84% de résidents permanents contre 65% à Gordes. Les règles d’urbanisme interdisent commerces non artisanaux dans le périmètre historique. Entre avril et octobre ce village de 3 405 habitants révèle 15 km de plages que Saint-Tropez a perdues partage cette philosophie de préservation.
« Contrairement à d’autres plus beaux villages, ici, les habitants ne sont pas chassés par le tourisme de masse », observe Claire Lambert, géographe urbaine spécialiste du tourisme villageois.
Vos questions sur Oingt, Rhône, Auvergne-Rhône-Alpes, France répondues
Quelle est la meilleure période pour visiter Oingt ?
Mai-juin et septembre-octobre offrent conditions idéales. Températures douces de 15 à 22°C, affluence modérée, lumière optimale sur la pierre dorée. Éviter juillet-août : 35 000 visiteurs en haute saison contre 15 000 au printemps. Week-ends prolongés lyonnais également chargés.
Combien coûte une visite d’Oingt depuis Lyon ?
Budget journée : 50 à 80 euros par personne. Transport public : 11,80 euros aller-retour. Visite donjon : 6,50 euros. Repas : 35 à 45 euros. Dégustation : 15 euros moyenne. Voiture : 12,40 euros d’essence plus stationnement gratuit au parking relais écologique.
Oingt ressemble-t-il aux villages provençaux ?
Architecture comparable à Gordes : pierre calcaire, position perchée, patrimoine médiéval. Mais Oingt conserve avantages décisifs : coût inférieur de 40%, accessibilité depuis Lyon 30 minutes contre 2h45 pour Gordes depuis Marseille, authenticity préservée sans saturation touristique. Densité patrimoniale supérieure : 1 monument pour 55 habitants contre 120 à Gordes.
Le soleil décline sur la vallée de l’Azergues. Les façades d’Oingt passent de l’ocre au cuivre, puis au rouge sombre. Le donjon projette son ombre millénaire sur les toits médiévaux. La pierre dorée garde son secret dans un silence absolu.





