Dans les Aspres, les façades et les terres viticoles gardent une lumière sèche, presque blanche. Sainte-Colombe-de-la-Commanderie ne cherche pas à attirer les foules, mais son nom raconte déjà une part de son passé: ce village catalan fut lié à la commanderie templière du Mas Deu.
On y arrive depuis Thuir, tout proche, avec l’impression de quitter l’agitation pour des chemins plus calmes. La visite tient surtout à cette énigme gravée dans le nom du village: pourquoi une « commanderie » ici ?
974, la première trace de Santa Coloma avant les Templiers
Sainte-Colombe-de-la-Commanderie apparaît dès 974 sous le nom de Santa Coloma. Le pape Benoît VI mentionne alors l’église de Santa Coloma et la villa conjuncta parmi les possessions du monastère de Sant Pere de Rodes.
Ce premier nom compte. Il rappelle que le village existait bien avant la période templière, autour de son église et d’un territoire déjà identifié dans les textes. Aujourd’hui encore, cette histoire ancienne donne une autre épaisseur aux maisons du bourg.
Le lieu a changé de mains au fil du temps. Au début du XIe siècle, le vilar de Conjunta relève du vicomte de Cerdagne, puis le domaine royal y exerce à nouveau ses droits au XIIe siècle.
Ce n’est pas un récit figé. Dans un village de 183 habitants, l’histoire médiévale ne s’étale pas derrière des vitrines: elle survit dans un nom de commune, dans une église, dans la présence discrète d’un vieux bâti.
Le Mas Deu a laissé son nom au village
Les Templiers y obtiennent la seigneurie, et le village prend alors le nom de Santa Coloma de la Comanda.
Le mot « commanderie » ne relève donc pas d’une fantaisie locale. Il renvoie à une possession réelle de l’ordre du Temple, dans ce paysage des Aspres dont les sols caillouteux dessinent un décor sobre et ouvert.
Le passé templier est ici une piste, pas un décor reconstitué. Vous ne venez pas chercher une forteresse mise en scène, mais comprendre pourquoi ce hameau porte encore la marque d’un ordre médiéval disparu.
La bascule arrive en 1312. Les biens des Templiers, confisqués en 1307, sont remis aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Que reste-t-il de la commanderie templière ?
Le lien le plus visible reste le nom même de Sainte-Colombe-de-la-Commanderie. Les Templiers détenaient la seigneurie du village, rattachée au Mas Deu, avant que les Hospitaliers ne la conservent jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.
L’église romane ajoute une autre couche au paysage. Elle a été rehaussée aux XVe ou XVIe siècles, avec l’ajout d’un chemin de ronde défensif.
Entre Thuir et les Aspres, une halte à regarder lentement
Sainte-Colombe-de-la-Commanderie se trouve dans les Aspres, à 2 km de Thuir et à 15 km de Perpignan. Cette proximité change la manière de l’aborder: le village peut prolonger une journée autour de Thuir sans imposer un long détour.
Les environs gardent une vocation agricole et viticole. D’anciens domaines agricoles ont été transformés en caves, et les vignes accompagnent naturellement l’approche du village. Le paysage suffit à poser le rythme.
Castelnou se trouve aussi à 6,3 km. Ceux qui aiment les villages anciens peuvent donc composer une escapade courte dans les Aspres, en passant d’un bourg très fréquenté à une commune beaucoup plus discrète.
Peut-on venir sans voiture depuis Perpignan ?
Oui, la ligne régionale liO 570 relie la commune à la gare de Perpignan depuis Fourques. Il reste prudent de vérifier les horaires avant le départ, car les notes disponibles ne donnent ni fréquence ni durée de trajet.
Un village minuscule, une mémoire qui dépasse ses rues
Le village n’a pas besoin d’en faire trop. Ses anciennes maisons, son église et son nom suffisent à faire surgir le fil qui relie Santa Coloma à la commanderie du Mas Deu, puis aux Hospitaliers.
À Sainte-Colombe-de-la-Commanderie, le passé templier ne se crie pas. Il tient dans quelques pierres, dans une église relevée pour se défendre, et dans ce mot, « commanderie », que l’on emporte en repartant.





