Bernard Dagand, président des Marchés de France en Pays Catalan : « Malgré la crise, les autochtones restent très attachés à leurs marchés »

Bernard Dagand (à droite) sur le marché de plein vent de Saint-André (place Arago)
Bernard Dagand (à droite) sur le marché de plein vent de Saint-André (place Arago)

Bernard Dagand, 75 ans, originaire de Llupia, est président départemental des « Marchés de France » depuis 1994… certainement à ce titre détenteur d’un record de longévité à la tête d’un mandat (non politique) dans les Pyrénées-Orientales !

Nous l’avons rencontré sur le marché de plein vent hebdomadaire de Saint-André, muni de son inséparable « sono » qui l’accompagne dans (presque) tous ses déplacements où, bon pied bon œil, il assure l’animation, le temps par exemple d’une tombola pour faire gagner « le panier du marché »…

-Le Journal Catalan : quelle est la situation des marchés de plein air dans le département ?

-Bernard Dagand : « Une situation flemmarde, malade, et pourtant nous ne sommes pas directement concernés par le couvre-feu lié à la crise sanitaire de la covid puisque notre activité se déroule essentiellement le matin. Mais nous sentons la crise passer ! ».

-Comment ?

-Bernard Dagand : « Dans la mesure où une grosse partie de notre clientèle est constituée de personnes âgées, déjà fragiles, mais encore plus fragilisées par les événements. Ce sont des consommateurs qui sont réticents à sortir, assommés souvent par le torrent d’informations plus ou moins fiables que déversent quotidiennement les médias. Et puis, dans cette tornade qui n’a rien de climatique, même si en plus le mauvais temps est de la partie – c’est de saison ! -, on voit bien que nos marchés à la semaine sont désertés par certains de nos collègues commerçants, selon leur gagne-pain ».

-Vous pensez là à quels commerçants ?

-Bernard Dagand : « Les non-essentiels qui ont dû rester à la maison un temps car il leur était interdit de déballer. Il faut savoir que sur nos marchés les non-essentiels représentent jusqu’à 70% de l’activité ! Ils sont une part importante dans notre attractivité. J’ai en mémoire un marché qui est descendu de 32 à 11 commerçants, parce que 21 commerçants ne pouvaient plus exercer ! ».

« Les Gaulois résisteront ! »

-Est-ce que la crise sanitaire de coronavirus a changé les habitudes des consommateurs ?

-Bernard Dagand : « Oui, évidemment. Ne serait-ce que par la mise en place des protocoles obligeant à respecter un sens de circulation piétonnier, tracé au sol. Le port du masque, les gestes barrière, la jauge à six personnes maximum, le marquage au sol pour un cheminement balisé… Tout cela a été interprété par les uns comme des contraintes insupportables, une partie de la clientèle chez les personnes âgées a même été ouvertement récalcitrante. Il ne faut pas oublier que les marchés sont des lieux de rencontre et de convivialité.

Ce qui pénalise aussi nos chalands c’est le fait que le commerçant soit obligé de servir le client devant l’étal et cela a gêné beaucoup de personnes. Vous imaginez la gymnastique… Quand il a fallu appliquer la barrière d’hygiène cela a failli être une révolution. Tellement nous étions habitués à ce que le client touche les fruits, s’en saisisse directement. Cela en a dérouté plus d’un, car désormais le client est servi ».

-Comment envisagez-vous l’avenir ?

-Bernard Dagand : « C’est plutôt et assez compliqué. Les anciens, ceux que j’appelle « Les Gaulois », eux vont pouvoir continuer, résister, et leur rôle va être essentiel pour maintenir en vie les marchés. Pour les jeunes qui se lancent, et qui malheureusement ne connaissent pas grand-chose dans l’art du commerce, je suis très inquiet pour eux. On ne peut pas débarquer sur un marché avec simplement une table achetée la veille chez Weldom ou Gifi, sans formation, sans goût pour le commerce, le contact humain… 

Du côté des consommateurs, les autochtones restent très attachés à leur marché, malgré la crise sanitaire. Je félicite d’ailleurs les maires qui ont joué le jeu à nos côtés, qui ont permis à nos marchés, petits ou grands, à continuer de faire battre le cœur de nos villages. Les sédentaires et les élus n’hésitent pas parfois à mettre à notre disposition une machine à café, c’est réconfortant surtout pas les temps qui courent. Je félicite bien sûr tous les chalands qui n’ont jamais baissé les bras pour, dans des conditions particulièrement épouvantables, répondre toujours présent sur les marchés ! ».

-Il y a combien de marchés/ semaine dans les P-O ?

-Bernard Dagand : « Quatre-vingt. Des nouveaux ont été créés par les municipalités, certains ont été améliorés, déplacés pour mieux évoluer, je pense là à Tresserre, Claira (le nouveau marché a lieu désormais sous le préau des anciennes écoles)… au Barcarès, à Saint-Laurent-de-la-Salanque, à Canet… On retrouve l’ambiance des halles d’autrefois et cela plait beaucoup. En ville également, à Perpignan, on constate ce sursaut, un certain engouement pour les marchés de proximité : au Moulin-à-Vent, aux Embruns, place de Belgique… ça tourne bien ! ».

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