Dans le Vallespir, la vallée du Tech se resserre entre des reliefs qui dépassent les 1 300 mètres. Au pied de ces versants boisés, un village catalan de 2 815 habitants s’accroche à sa rivière. On y vient pour autre chose que la carte postale.
L’abbaye Sainte-Marie est là depuis la fin du VIIIe siècle, souvent citée comme la plus ancienne abbaye carolingienne de Catalogne. 2 815 habitants vivent à côté, sans y prêter attention. Les curieux, eux, font le détour.
Un monastère déplacé pour échapper aux pillages
Au IXe siècle, les moines occupaient d’abord les Bains d’Arles, sur les thermes romains d’aujourd’hui. Les Normands ont tout brûlé vers 858-868. Malgré plusieurs tentatives, ils n’ont jamais vraiment reconstruit sur place.
Vers 880, l’abbé Suniefred décide de déménager plus haut dans la vallée, sur les bords du Tech. Une mention écrite en 934 atteste le nouveau monastère, sous le nom latin de cenobium Sancte Marie Arulas.
Aujourd’hui, l’abbaye se visite. Le cloître, le sarcophage dit « la Sainte Tombe », les reliques attribuées aux saints Abdon et Sennen forment le cœur du site. Le sarcophage est célèbre dans la région pour des miracles qu’on lui prête, autour d’une eau qui monterait et descendrait sans qu’on l’explique vraiment.
La tradition attire encore des pèlerins au-delà des Catalans.
Quand les ours descendent dans les rues
Le village vit au rythme d’une double culture, française et catalane. La langue catalane reste parlée dans les foyers, et certaines fêtes traversent les siècles sans faiblir. La plus connue se déroule début février: la Fête de l’Ours.
Le rituel rejoue la rencontre entre un ours et une jeune fille du village, puis la capture et la « conversion » de l’animal. Habitants déguisés, corso, musique, les rues prennent un tour carnavalesque qui n’a rien d’un folklore de carte postale. Le Haut-Vallespir célèbre ce moment chaque année, et il vaut le déplacement rien que pour voir le village se transformer.
Le passé industriel du coin a laissé d’autres traces. L’exploitation des mines de fer de Batère et les tissages catalans ont fait vivre la vallée pendant des générations. Une partie de cette mémoire se visite au Moulin des Arts, ancien site industriel reconverti en atelier de créateurs, céramique, gravure, bijoux.
L’endroit raconte aussi l’histoire des tisserands qui ont fait la réputation textile du Vallespir.
Un canyon réputé, mais fermé pour l’instant
Tout près, les Gorges de la Fou font partie des curiosités naturelles les plus citées du secteur. Les guides les présentent comme l’un des canyons les plus étroits du monde, taillés dans la roche par le Tech. Le site est fermé, à la suite d’un éboulement.
Aucune réouverture publique n’est confirmée à ce jour. Mieux vaut vérifier avant de programmer la balade, plutôt que de découvrir une grille fermée au bout de la route.
En dehors de ce point fermé, la vallée reste vivante pour la marche. Les versants du Canigou, les forêts du piémont et les anciens chemins qui montaient vers Batère offrent des itinéraires pour des niveaux variés. Le site Natura 2000 « le Tech » et les ZNIEFF du Vallespir signalent un environnement préservé, où le Desman des Pyrénées et le Barbeau méridional trouvent encore refuge.
Comment s’y rendre et quand venir
Arles-sur-Tech se trouve à 34 km à vol d’oiseau de Perpignan, à 10 km de Céret et à 4 km d’Amélie-les-Bains-Palalda. La D115 traverse la vallée du Tech jusqu’à la frontière espagnole. Sans voiture, on rejoint Perpignan en TGV, puis les lignes liO 530, 531 ou 532 desservent le village depuis la gare routière de Perpignan.
La meilleure saison reste le printemps et le début d’automne, quand la lumière est douce sur la pierre et que la randonnée reste agréable. L’été apporte la chaleur, mais l’altitude de la vallée tempère les pics méditerranéens. Pour la Fête de l’Ours, comptez février, mais réservez tôt.
Peut-on visiter l’abbaye gratuitement ?
L’accès au cloître et à la Sainte Tombe est ouvert au public, avec une participation demandée pour la visite détaillée. Les horaires varient selon la saison, mieux vaut passer par l’office de tourisme d’Amélie-les-Bains ou la mairie avant de venir.
Les Gorges de la Fou rouvrent-elles bientôt ?
Le site reste fermé après un éboulement. À retenir: ne pas bâtir un week-end dans le Vallespir autour de cette seule halte.
Le soir, quand les cars liO repartent vers Perpignan, le Tech garde son bruit de fond. L’abbaye se vide. Les 2 815 habitants du village retrouvent leurs ruelles, et la vallée garde pour elle ce qu’elle a montré aux visiteurs.





