Sept rapaces se partagent le ciel de ce village encastré dans les falaises des Corbières

On monte vers Vingrau par une route qui se faufile entre les vignes basses, et puis la vallée se referme. Des parois calcaires tout autour, blanches sous le soleil, dressées comme un mur. Le village est là, posé au fond de ce cirque de pierre, dans un silence sec où l’on entend surtout le vent.

Levez les yeux: il y a du monde là-haut.

Sept rapaces recensés sur les mêmes falaises

Les falaises qui encerclent Vingrau ne sont pas qu’un décor. Elles font partie d’un site Natura 2000, les Basses Corbières, classé pour une raison précise: c’est un refuge pour les rapaces. Sept espèces y sont identifiées pour ce seul secteur.

La liste vaut la peine d’être dite en entier, parce qu’elle est rare. L’Aigle de Bonelli, l’aigle royal, le faucon pèlerin, le grand-duc d’Europe, le circaète Jean-le-Blanc, le busard cendré, l’aigle botté. Sept silhouettes qui se partagent le même ciel, au-dessus de 536 habitants qui vivent là toute l’année.

Vous ne les verrez pas toutes le même jour, évidemment. Mais tenez-vous au pied d’une paroi un matin clair, sans bouger, et regardez tourner les points noirs au-dessus de la crête. C’est le genre de spectacle qui ne s’annonce pas.

Un village encastré entre 119 et 575 mètres

Vingrau tient dans une cuvette. Le relief de la commune grimpe de 119 à 575 mètres, et cette différence se lit à l’œil nu depuis la place: les maisons en bas, la garrigue qui monte, la roche nue tout en haut. Les grimpeurs connaissent bien ces parois calcaires, réputées dans le secteur.

Le nom du village raconte d’ailleurs cette verticalité. Une légende locale, que les linguistes ne valident pas, veut que Vingrau vienne de vint graons, vingt marches, en référence au Pas de l’Échelle, la chaîne rocheuse qui domine le village. L’explication savante préfère un mot germanique désignant la vigne.

Les deux versions disent quelque chose de juste: ici, il y a la pierre et il y a le vin.

Ce que le feu de 1935 a emporté

L’histoire écrite de Vingrau a un trou. En 1935, un incendie détruit la mairie et les archives municipales, et tue un cantonnier. Tout ce que la commune avait consigné d’elle-même a brûlé cette nuit-là.

Reste ce qu’on sait par ailleurs: rattaché au comté de Roussillon au XIe siècle, le village a longtemps vécu à la limite entre la Catalogne Nord et le Languedoc. Une frontière qu’on entend encore dans le parler local, plus occitan languedocien que catalan.

Peut-on observer les rapaces sans matériel ?

À l’œil nu, vous distinguerez des silhouettes en vol, pas des espèces. Des jumelles changent tout, surtout depuis les sentiers qui montent dans la garrigue et donnent un angle de vue sur les crêtes. Le tôt le matin reste le meilleur créneau.

Y a-t-il beaucoup de monde ?

Non. Vingrau n’est ni une station ni un site touristique organisé: c’est un village viticole rural de la couronne de Perpignan. Vous croiserez des grimpeurs au pied des voies et des randonneurs, rarement des foules.

Depuis Perpignan, comptez une trentaine de kilomètres

Vingrau se trouve au nord-est des Pyrénées-Orientales, à 19 km à vol d’oiseau de Perpignan, et à 12 km de Rivesaltes. Venez en voiture: les transports en commun desservent mal ce coin des Corbières.

Le printemps et l’automne sont les bonnes saisons. La lumière est nette, les températures permettent de marcher ou de grimper sans souffrir. En été, le relief n’offre presque pas d’ombre et l’air est très sec, alors partez tôt et emportez plus d’eau que prévu.

Les villages voisins tiennent tous dans un rayon de quelques kilomètres. Tautavel est à 4,6 km, Paziols à 4,9 km, Tuchan à 6,6 km. De quoi enchaîner sur une journée sans jamais reprendre l’autoroute.

Et si vous passez au mois d’août, la fête patronale occupe le village du 18 au 20.

Le vent souffle sur la garrigue, la roche renvoie la chaleur du jour, et rien ne bouge sur la place. Puis une ombre passe sur le calcaire, très haut, et disparaît derrière la crête. C’est pour ça qu’on vient ici.