Il y a des villages qu’on traverse sans s’arrêter, un panneau, trois ruelles, un clocher derrière les cyprès. Trévillach était de ceux-là, un hameau du Fenouillèdes posé au pied d’un sommet de garrigue, entre les Corbières et les premiers contreforts pyrénéens. Puis le 4 juillet 2026, les flammes sont parties d’ici.
Et ce nom que presque personne ne savait placer sur une carte s’est retrouvé dans tous les titres de France.
Le 4 juillet 2026, le pire feu du département en 50 ans part d’ici
L’incendie né près du village est devenu le plus grand qu’aient connu les Pyrénées-Orientales depuis un demi-siècle. Quelque 4 900 hectares de garrigue et de cultures ont brûlé. Jusqu’à 12 000 personnes ont dû quitter leur maison, réparties sur environ 25 communes du secteur.
Face au sinistre, jusqu’à 850 pompiers ont été mobilisés sur le terrain. Le brasier a été maîtrisé à la mi-juillet, après des journées entières de lutte dans un paysage de broussailles sèches où le feu courait plus vite que les hommes.
Le bilan agricole est lourd: 600 hectares de vergers et 150 hectares de vignes sont partis en fumée. Pour des communes de quelques centaines d’habitants, c’est une économie entière qui a noirci.
Écrit pour la première fois en 1026, un village qui se vidait déjà doucement
Derrière les images de catastrophe, il y a un village très ancien. Le nom apparaît en 1026 sous la forme latine Trivilano, à la lisière d’un domaine médiéval. Au Moyen Âge, la paroisse dépendait de la baronnie de Rabouillet, tenue par les seigneurs de Peyrepertuse, ce château cathare dont les ruines dominent encore les Corbières.
Des grottes, un dolmen et un oppidum attestent que les hommes vivaient sur ce plateau bien avant l’écriture. Plus tard, l’église Saint-Martin a rythmé la vie du hameau, accroché au pied du petit sommet du Cascailla, 665 mètres de roche et de garrigue.
La suite est une histoire rurale classique, presque triste. Trévillach comptait 365 habitants à son apogée en 1836. Ils sont 201 aujourd’hui, un village vieillissant que son isolement empêchait de se renouveler.
Jusqu’à ce que l’actualité le rattrape de la pire des façons.
Le feu est-il définitivement éteint ?
L’incendie de Trévillach a été déclaré maîtrisé à la mi-juillet 2026. Mais la vigilance reste maximale dans tout le département: fin juillet, un nouveau feu s’est déclaré à Thuès-Entre-Valls, plus au sud, maintenant les secours sous tension.
30 millions d’euros de dégâts, et un département qui repense ses défenses
Les autorités estiment les dégâts jusqu’à 30 millions d’euros. Derrière le chiffre, il y a aussi un élan inattendu: dans les villages touchés, habitants et pompiers se remercient mutuellement, banderoles et messages à l’appui. La solidarité a pris le relais des sirènes.
Le feu a surtout révélé une faille. Des terres agricoles fragmentées, abandonnées, reprises par la broussaille: un combustible idéal. Le département ressort maintenant un vieux concept, celui des « ceintures protectrices » de terrain nettoyé autour des zones habitées.
À Ille-sur-Têt, la mairie a déjà décidé de déplacer ses jardins partagés, une précaution qui ne fait pas l’unanimité.
Rejoindre Trévillach depuis Perpignan: 30 km, et une saison à bien choisir
Le village se situe à 30 km à vol d’oiseau de Perpignan et à 13 km de Prades, sur la route D2 qui relie Montalba-le-Château à Campoussy. Sans voiture, la ligne 511 du réseau liO dessert le secteur depuis Ille-sur-Têt, via Rabouillet.
Pour découvrir le Fenouillèdes, ses plateaux ventés et ses villages de pierre, le printemps et l’automne restent les bonnes saisons. L’été, cette garrigue est en haut risque incendie, et juillet 2026 vient de le prouver aux dépens des Trévillais. Les 2 600 heures de soleil annuelles de la région ont leur revers.
Que voir dans les environs une fois sur place ?
Le village est un point de départ vers le massif du Fenouillèdes et ses garrigues, classées en zones naturelles protégées. Autour, Montalba-le-Château et Tarerach sont à moins de 4 km, et le site Natura 2000 des « sites à chiroptères » abrite d’importantes colonies de chauves-souris.
Le feu repartira un jour des mémoires. La garrigue, elle, reverdira lentement, comme elle l’a toujours fait sur ce plateau. Reste un village de 201 habitants, mille ans d’histoire, et une D2 qui serpente entre les collines pour ceux qui voudront venir saluer les rescapés.





