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jeudi 22 janvier 2026

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Ce sentier de 1996 mètres fait murmurer le vent dans les murets des bergers catalans

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Au départ du hameau de Prats-Balaguer, à 1312 mètres d’altitude, le vent descend des estives comme une coulée invisible. Ce matin de janvier, les murets de pierre sèche qui bordent l’ancien Cami Ramader murmurent sous les rafales froides venues du massif du Nou Fonts. Un phénomène rare, observable quelques jours par hiver seulement, quand l’air glacé dévale les pentes et sculpte des échos fantomatiques dans l’architecture pastorale abandonnée depuis 1974.

Ce sentier de transhumance oublié grimpe sur 8,6 kilomètres vers les Collets d’Avall, point culminant à 1996 mètres. Un seuil symbolique, juste sous la barre des 2000 mètres, qui fait de ce parcours l’un des rares chemins muletiers catalans accessibles sans équipement d’alpinisme. La montée révèle 740 mètres de dénivelé cumulé, entre gorges vertigineuses de la Têt et pelouses alpines suspendues.

Les derniers bergers ont cessé de conduire leurs troupeaux vers ces estives il y a cinquante ans. Depuis, les cortals en ruine témoignent d’un temps où 90 pour cent des murets restaient entretenus pour guider les brebis. Aujourd’hui, ces vestiges de pierre sèche offrent un conservatoire architectural unique dans les Pyrénées-Orientales, comparable aux chemins désertés de Mosset où le schiste résonne sous le marteau des artisans.

Le secret pastoral d’un balcon suspendu sur la Têt

Une corniche naturelle façonnée par les troupeaux

Le tracé épouse les falaises de gneiss et de schiste pyrénéens avec une précision millimétrique. Large de 1,2 mètre exactement, dimension calculée pour le passage des brebis, il serpente en balcon au-dessus du vide. Les abreuvoirs taillés dans la roche affleurante jalonnent encore le parcours, vestiges d’un savoir-faire hydraulique pastoral transmis de génération en génération.

Les vents catabatiques sculptent l’acoustique hivernale

Deux à quatre fois par hiver, après les chutes de neige, un phénomène météorologique transforme ce sentier en chambre d’écho naturelle. L’air froid accumulé aux sommets dévale les pentes par gravité, créant des vents catabatiques de 15 à 25 kilomètres par heure. Ces masses d’air froid glissent contre les murets, générant des vibrations acoustiques audibles au lever du jour, entre sept et neuf heures du matin.

Une authenticité préservée qui défie l’abandon

Architecture vernaculaire catalane intacte depuis 1850

Contrairement aux chemins de transhumance convertis en pistes tout-terrain, le Cami Ramader conserve son caractère originel. Trois cabanes pastorales maintiennent leurs murs debout malgré les toitures de lauze effondrées. Les murets délimitent toujours le parcours exact emprunté jusqu’en 1974, année de la dernière montée documentée vers les estives du versant nord.

La connexion spirituelle vers l’ermitage de Nuria

Avant de devenir exclusivement pastoral, ce tracé reliait Prats-Balaguer au sanctuaire espagnol de Nuria. Une double fonction rare dans les Pyrénées catalanes, où itinéraires religieux et chemins de transhumance restaient généralement séparés. La toponymie locale « Collets d’Avall » signifie « petits cols d’en bas », confirmant cette fonction historique de passage transfrontalier vers le massif montagnard sacré.

L’expérience exclusive qui vous attend

Une randonnée hivernale hors des circuits classiques

La montée depuis le hameau demande cinq heures au rythme d’un randonneur moyen. L’exposition sur versant nord maintient l’ombre matinale, idéale pour observer la lumière rasante sur les gorges de la Têt. Entre décembre et mars, 60 à 80 jours de neige au sol transforment le paysage en théâtre blanc où seuls les murets dessinent des lignes horizontales sombres.

Le contraste thermal des sources chaudes proches

Après l’effort en altitude glacée, les sources de Saint-Thomas-les-Bains jaillissent à deux kilomètres seulement. Un bassin naturel où l’eau thermale surgit d’un réservoir souterrain à 2000-2500 mètres de profondeur, comparable aux bassins à 20 degrés du Vallespir qui défient l’hiver. Cette combinaison vent catabatique glacé puis chaleur volcanique crée une expérience sensorielle rare dans les Pyrénées orientales.

Accès et conseils d’initié pour janvier 2026

Logistique depuis Perpignan et équipement nécessaire

Comptez 85 kilomètres via la départementale 117 puis la nationale 116, soit une heure quinze de trajet. La route D619 puis D28 jusqu’à Fontpédrouse reste ouverte en hiver, avec chaînage recommandé au-delà de 1000 mètres d’altitude. Un petit parking marque l’entrée du hameau de Prats-Balaguer, point de départ du balisage jaune PR.

Fenêtre météorologique optimale et sécurité

Les températures oscillent entre moins trois et plus cinq degrés au sommet en janvier. Le phénomène des vents catabatiques se manifeste préférentiellement deux à trois jours après une chute de neige, sous ciel clair. Privilégiez le créneau midi-quatorze heures pour bénéficier du soleil rasant sur les gorges, créant des jeux d’ombre spectaculaires sur les parois schisteuses.

Ce balcon pastoral à 1996 mètres raconte l’histoire silencieuse d’une montagne catalane façonnée par les troupeaux. Une dimension patrimoniale comparable au dolmen de Lo Pou à Eyne où résonne l’hiver depuis 4000 ans. Ici, pas de foule ni d’aménagements touristiques, juste le vent qui rappelle le passage des derniers bergers. La fréquentation quasi nulle garantit une solitude absolue face aux massifs enneigés du Nou Fonts.

Vos questions pratiques sur le Cami Ramader

Le sentier est-il praticable en hiver sans guide ?

Oui, le balisage jaune PR reste visible et le tracé évident grâce aux murets. Toutefois, crampons et bâtons deviennent indispensables dès que la neige durcit sur les passages en corniche. La difficulté est cotée modérée mais l’exposition sur certains tronçons exige une aisance en terrain montagnard.

Quand observer les vents catabatiques sonores ?

Le phénomène acoustique se produit deux à quatre fois par hiver, exclusivement après des chutes de neige suivies de nuit claire. Levez-vous avant l’aube pour atteindre les murets entre sept et neuf heures, fenêtre temporelle de quarante-cinq minutes à deux heures où les échos sont audibles.

Existe-t-il des refuges sur le parcours ?

Les trois cabanes pastorales préservées offrent des murs coupe-vent mais aucun toit intact. Aucun refuge gardé n’existe sur ce tracé abandonné depuis 1974. Prévoyez autonomie complète en nourriture, eau et équipement bivouac si vous envisagez une nuit en altitude.

Peut-on rejoindre l’ermitage de Nuria depuis les Collets d’Avall ?

L’itinéraire historique transfrontalier existe toujours mais son statut administratif actuel reste flou. Le passage nécessite orientation précise en terrain alpin sans balisage officiel côté espagnol. Réservez cette extension aux randonneurs expérimentés équipés de carte IGN et GPS.

Quelle distance depuis les grands centres urbains catalans ?

Depuis Perpignan, comptez 85 kilomètres et une heure quinze. Depuis Céret, 110 kilomètres pour une heure quarante-cinq de route. L’isolement géographique de Prats-Balaguer dans la haute vallée de la Têt explique la fréquentation confidentielle de ce joyau pastoral oublié.