Il y a des villages qu’on traverse sans s’arrêter, et puis il y a Opoul. Un bourg de pierre accroché à sa butte dans les Corbières, avec ses vignes en contrebas, ses sols rouges et ce silence particulier des plateaux calcaires où le vent fait tout le bruit. Sauf qu’Opoul n’est pas seul.
Quelques kilomètres plus haut, sur un plateau sec, un autre village l’attend. Un village où il n’y a plus personne.
1 239 habitants d’un côté, zéro de l’autre
Le nom complet de la commune dit tout: Opoul-Périllos. Deux villages pour une seule mairie. D’un côté, Opoul, village catalan bien vivant, 1 239 habitants aux derniers comptages, des volets ouverts, des caves à vin, une vie.
De l’autre, Périllos, village occitan aujourd’hui entièrement dépeuplé, réduit à des ruines sur son plateau à 400 mètres d’altitude.
Le contraste est vertigineux, et c’est exactement ce qui fait le prix du détour. Vous marchez depuis un village vivant vers un village mort. Peu d’endroits en France offrent cette traversée-là à pied, en quelques heures, sans effort particulier.
Entre les deux, les vestiges du château d’Opoul, dressés sur une butte isolée dont les falaises dominent tout le secteur. L’érosion a fait le reste: la colline s’est détachée du plateau au fil des millions d’années, et elle a aujourd’hui une silhouette qu’on repère de loin.
5 km aller-retour pour rejoindre un village où plus personne ne répond
C’est la grande balade du coin, et elle mérite sa réputation. Un sentier balisé relie le château d’Opoul aux ruines de Périllos sur 5 km aller-retour. On quitte les dernières maisons, on grimpe sur le plateau karstique, et peu à peu le paysage se vide: garrigue, pierre claire, horizon immense.
Puis Périllos apparaît. Des murs sans toit, des ruelles que plus aucun pas quotidien n’entretient. Le village n’a pas été détruit: il a été quitté, et la différence se sent dans chaque pierre.
On y marche doucement, presque à voix basse.
Mon conseil, et il vaut ce qu’il vaut: faites la boucle en fin de journée, quand la lumière couche les murs en or. Le hameau abandonné en devient presque irréel.
Faut-il être bon marcheur pour atteindre Périllos ?
Non. Le sentier est balisé et ne présente pas de difficulté particulière: une marche de demi-journée accessible à tout marcheur un minimum habitué. Prévoyez surtout de l’eau, car le plateau est sec et sans ombre, et évitez les heures chaudes en plein été.
Des stalagmites de 10 mètres et un radar visible depuis toute la plaine
Le plateau de Périllos cache d’autres surprises. À un peu plus d’un kilomètre au nord-est du hameau abandonné, au pied de l’escarpement, s’ouvre une énorme grotte calcaire: La Cauna, dont les stalagmites atteignent 10 mètres de haut. Le calcaire des Corbières, plissé et faillé lors de la formation des Pyrénées, a creusé ici un monde souterrain à la mesure du décor extérieur.
Au-dessus trône le Montolier de Perellos, point culminant de la commune à 709 mètres. Son sommet porte un radar météorologique visible depuis toute la plaine du Roussillon, une boule blanche posée sur la crête qu’on finit par utiliser comme repère. Un itinéraire de 12 km aller-retour, sur piste non balisée, permet de le rejoindre pour les plus marcheurs.
L’eau, elle, joue à cache-cache: les pluies rares s’engouffrent dans les cavités du plateau et réapparaissent des kilomètres plus loin, à la Font Estramar, au bord de l’étang de Salses-Leucate. Les Corbières sont un gruyère, et Opoul en est une belle tranche.
Peut-on venir sans voiture depuis Perpignan ?
Oui, et c’est assez rare dans les Corbières pour être souligné. La ligne 19 du réseau Sankéo relie le centre-ville de Perpignan à Opoul en une heure, avec huit allers-retours par jour. De là, le sentier vers le château et Périllos part du village même.
À 19 km de Perpignan: le bon plan hors saison
Opoul-Périllos se situe à 19 km à vol d’oiseau de Perpignan et à 5,5 km de Salses-le-Château, traversé par les D5 et D9. C’est l’un des villages fantômes les plus accessibles du sud de la France, et pourtant il reste à l’écart des itinéraires classiques.
Le seul vrai piège, c’est le calendrier. Le climat est méditerranéen, chaud et très sec: la station voisine de Fitou a relevé jusqu’à 42 °C. En juillet-août, la marche vers Périllos en plein cagnard relève de la mauvaise idée.
Le printemps et l’automne sont les vraies fenêtres, quand la garrigue embaume et que la lumière reste douce jusqu’au soir.
Comptez une demi-journée pour le sentier du château et du hameau, une journée complète si vous ajoutez le sommet. Et gardez du temps pour redescendre lentement: les sols rouges du poljé d’Opoul, les vignes et la butte du château forment, vus d’en haut, l’un des plus beaux tableaux des Corbières orientales.
Au retour, on repasse devant les maisons d’Opoul, leurs volets ouverts, le bruit d’une vaisselle derrière une fenêtre. À quelques kilomètres de là, Périllos est déjà retourné à son silence. Les deux villages se regardent, et chacun raconte l’autre.





