« Petit pays » : le Burundi, paradis perdu de Gaël Faye

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Gaël Faye, finaliste au Goncourt, Prix du roman Fnac, Prix du Premier roman, Prix « Liste Goncourt / Le Choix de l’Orient » décerné au Liban, est invité du CML à Perpignan le 21 novembre à 18h à la salle de spectacle Elmediator pour la présentation et la dédicace de son roman « Petit Pays » (Grasset).

« Petit Pays » n’est pas seulement le titre d’une chanson de l’album Pili pili sur un croissant au beurre de l’auteur-compositeur-interprète Gaël Faye. Le chanteur poète en fait le titre de son premier roman. En référence au Burundi, pays où il a grandi. En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec ses parents et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

« Petit pays » débute et se termine par une voix d’enfant dont le regard devient peu à peu celui d’un adulte. Lorsque Gaël Faye évoque son enfance au Burundi, il parle des deux rives. L’une comme l’autre impossible à atteindre pour ce gamin né d’un père français et blanc, d’une mère rwandaise et noire. Être au milieu du gué, tel est sa richesse, tel est son malheur. Le rappeur nous avait déjà entraînés dans ses tourments dans plusieurs de ses chansons. Pour Métis, il chantait « ce puzzle d’un humain morcelé » et « le cul entre deux chaises ». Le jeune garçon apprend à vivre avec cette dichotomie de cultures, dans une quête perpétuelle d’identité.

Survivre à la tragédie
Avec « Petit pays », dans lequel il se cache derrière le personnage de Gaby, âgé d’une dizaine d’années, Faye va bien au-delà, il remonte à la source du déchirement. D’abord la séparation de ses parents, premier élément de sa souffrance. Comme un enfant ne peut choisir entre son père et sa mère, il ne peut décider s’il se sent noir ou blanc, africain ou français. Mais c’est sans compter sur l’effondrement de son monde et de ses certitudes lorsque débute la guerre entre Tutsis et Hutus. Gaël Faye, favori de nombreux prix littéraires pour cet incroyable premier roman, ne cesse de le clamer haut et fort à l’occasion de sa promotion : il n’a pas voulu écrire un livre sur le génocide, mais recréer le monde de l’enfance et de l’insouciance. Un monde qu’il ne retrouvera jamais. Celui de son véritable exil.
Et pourtant, la deuxième partie du livre sur ce conflit que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître est d’une puissance indescriptible et rare. Faye parvient à trouver les mots pour l’indicible, à travers le témoignage de sa mère, au cours d’une scène nocturne et douloureuse, sur l’assassinat de ses nièces. Un des passages les plus poignants du livre, éprouvant aussi, comme peuvent l’être d’autres extraits sur sa mère devenue une ombre, ravagée par la guerre. Notons encore ce chapitre sur la lecture salvatrice : « Grâce à mes lectures, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. »
En peu de pages, l’écrivain – nul doute, Gaël Faye est un écrivain confirmé par ce seul coup de maître – réussit un roman sur l’identité, la peur et le franchissement d’un monde, d’un âge et de soi. Gaby doit comprendre seul que des hommes jusque-là frères, unis par la même enfance, la même couleur, peuvent s’entre-tuer du jour au lendemain parce que certains l’auront décidé. Ce jour-là, l’enfant devenu adulte aura percé l’écorce, mais ne saura plus où planter ses racines. Pleine de souffle, son écriture apporte son lot de poésie, de réflexions sur la vie, chaque chapitre s’achevant par une phrase dont on aimerait se souvenir dans son intégralité. Pardon Gaël Faye, mais Petit pays est bien plus qu’un roman sur l’enfance. Et tant mieux. Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Programme :
14h30 Rencontre avec 5 classes au Lycée Jean Lurçat
18h Rencontre dédicace à la salle de spectacle Elmediator, avenue du général Leclerc (Entrée libre)
Renseignements CML : 04.68.51.10.10.

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