Comprendre les attaques de requin…

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Des chercheurs du laboratoire CRIOBE de l’université de Perpignan décryptent les attaques de requin sur l’Homme afin d’éviter des campagnes massives d’abattage. Actuellement, face aux attaques mortelles des requins sur l’Homme, la seule réponse est le déclenchement d’abattage aveugle non sélectif. Or, ces campagnes, encore prisées par une partie du grand public et donc par les décideurs politiques, sont d’une efficacité très nuancée et ont un coût écologique considérable.

Une approche novatrice : isoler les individus à problème
Selon une approche très novatrice d’Eric Clua, chercheur au laboratoire CRIOBE (UPVD-CNRS-EPHE), les morsures mortelles sur l’Homme, extrêmement rares à l’échelle planétaire, s’expliqueraient plus par le comportement alimentaire individuel des grands squales que par des considérations purement démographiques ou écologiques.
En aucun cas, un requin « rénégat » (rogue shark) ne développerait une quelconque attirance ou spécialisation à l’égard de proies humaines comme le suggèrent les hypothèses fantaisistes à l’origine des fictions cinématographiques. Au-delà d’une justification de l’arrêt de la pêche aveugle, cette nouvelle hypothèse suggère le profilage individuel des requins dans le contexte des morsures mortelles dont on obtiendrait la preuve qu’ils sont responsables d’une morsure.

Les individualités au cœur de la compréhension des attaques de requin
L’hypothèse de la densité-dépendance qui justifie les campagnes de pêche aveugle des requins suite à une attaque mortelle sur l’homme ont montré leur limite. Selon une hypothèse innovante, ce phénomène très rare serait lié au comportement alimentaire individuel très différencié chez les grands squales. Grâce à de nouvelles approches, notamment génétiques, le profilage individuel des individus à problème permettrait d’allier conservation et gestion du risque. Cette nouvelle approche vient d’être publié par un chercheur du CRIOBE associé à un collègue norvégien dans la revue Conservation Letters.

Alors qu’en milieu terrestre le concept « d’individu à problème » est parfaitement intégré pour les grands prédateurs présentant un danger pour les humains, les morsures mortelles de requin sur l’homme sont le plus souvent gérées via des campagnes de pêche aveugle et non sélective, qui reposent sur une hypothèse (non démontrée) de densité dépendance du risque.

Ces campagnes, encore prisées par une partie du grand public et donc par les décideurs politiques, sont d’une efficacité très nuancée et ont un coût écologique considérable. Selon une approche innovante de la problématique par un chercheur du CRIOBE, les morsures mortelles sur l’homme, extrêmement rares à l’échelle planétaire, s’expliqueraient plus par le comportement alimentaire individuel des grands squales que par des considérations purement démographiques ou écologiques. A l’inverse des cétacés, chez qui opère une transmission trans-générationnelle des habitudes et stratégies alimentaires, les grands requins, privés de tout encadrement parental et social, doivent construire individuellement leur régime alimentaire qui, chez certains animaux suffisamment audacieux et en quête de nouvelles proies, intègrerait très marginalement l’homme. Cette hypothèse est appuyée par la notion d’individualité qui a récemment été démontrée chez les trois espèces de requins les plus impliquées dans des morsures mortelles à l’encontre de l’homme, à savoir le grand requin blanc, le requin tigre ou le requin bouledogue. Ainsi, le concept de mordu-relâché (‘bite-andspit’) décrit chez le requin blanc, relèverait plus d’une morsure d’investigation volontaire que d’un acte accidentel, comme trop souvent suggéré. Suite à un premier essai plus ou moins abouti, un requin pourrait soit poursuivre cette stratégie alimentaire, soit la stopper ; ce qui expliquerait à la fois les incidents isolés et les séries d’attaques potentiellement opérées par un même requin.

Néanmoins, en aucun cas, un requin « rénégat » (‘rogue shark’) ne développerait une quelconque attirance ou spécialisation à l’égard de proies humaines comme le suggèrent les hypothèses fantaisistes à l’origine des fictions cinématographiques. Au delà d’une justification de l’arrêt de la pêche aveugle, cette nouvelle hypothèse suggère le profilage individuel des requins dans le contexte des morsures mortelles avant d’envisager le retrait potentiel et chirurgical des animaux à problème, dont on obtiendrait la preuve qu’ils sont responsables d’une morsure. Dès lors que l’identification de l’espèce serait clairement définie, cette identification pourrait notament se réaliser via une approche génétique de ‘fingerprinting’ (basée sur les micro-satellites de l’ADN nucléaire). Il suffirait pour ce faire de collecter sur les plaies de morsures de l’ADN du requin agresseur. Parallèlement, des sites expérimentaux d’agrégation des requins basée sur des attractants olfactifs, permettraient d’élaborer des bases de données d’identification individuelle visuelle et génétique obtenues via la photo identification et des biopsies. Il suffirait ensuite de déceler les correspondances génétiques pour identifier le requin à problème et éventuellement l’éliminer à terme.

Cette correspondance génétique pourrait s’appréhender à des échelles allant du local au régional afin de gérer la mobilité importante de certaines espèces. Le sacrifice de quelques animaux (étant donné le faible nombre annuel d’agressions à l’égard de l’homme) apparaît comme un compromis acceptable face aux enjeux de conservation des requins. En effet, cette conservation reste conditionnée par l’image des requins au sein du grand public, qui est abusivement et cruellement handicapée par le problème des morsures mortelles sur l’homme. A ce titre, le concept « d’individu à problème » a le pouvoir de réconcilier l’homme avec les requins.

RÉFÉRENCE
Clua, E. E. G. and Linnell, J. D. C. (2018) Individual shark profiling: an innovative and environmentally responsible approach for selectively managing human fatalities. Conservation Letters.

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