À Cent Mètres Du Centre Du Monde : « Khamsa », la nouvelle exposition

a-cent-metres-du-centre-du-monde-khamsa-la-nouvelle-exposition

En cette fin d’année, vous êtes invités à découvrir l’exposition « Khamsa » de Mohamed LEKLETI, avec également les œuvres de Damien DEROUBAIX, Mohamed ELBAZ, Myriam MIHINDOU et Yazid OULAB, qui aura lieu du 19 janvier au 17 mars 2019. Le vernissage aura lieu le vendredi 18 janvier à partir de 18h30 au Centre d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde, 3, avenue de Grande Bretagne, 66000 PERPIGNAN.

Mohamed LEKLETI

« Le monde est une fête macabre »
Mohamed Lekleti vit avec son talent, une faculté singulière à composer des scènes complexes installées dans la toile d’araignée d’un dessin virtuose.
Un fatum en quelque sorte qui lui permet de toucher aux sujets les plus délicats. Son dessin, ses dessins portent des représentations que notre oeil reconnaît tout en les distinguant des représentations communes. Mais notre capacité à reconnaître les signes se heurtent immédiatement à l’implosion de notre pensée. Que voyons-nous ?
Des images immédiatement politiques sont offertes tour à tour comme les séquences d’un même discours. Les femmes apparaissent sans subjectivité, voilées parfois et voyagent dans l’espace du dessin avec des hommes indéfinissables dont l’identité, l’activité, le désir se logent dans des corps aux organes twistés. Leurs membres tendent vers on ne sait quel pôle d’attraction, absent peut-être, invisible sans doute. Des tropismes secrets connectent les êtres et les ressorts de la sexualité semblent être la plus pauvre explication de ce chambardement. La tension est ailleurs d’abord dans la facture de dessin.
Dans le dessin de Mohamed Lekleti tout excède. Les scènes semblent prises dans un déséquilibre dont la meilleure comparaison pourrait aller vers le fonctionnement singulier des textes de Georges Bataille. Le peintre touche comme lui au mille-feuilles composé par les strates politiques, morales, religieuses, toutes résiduelles dans l’échafaudage de notre culture. Cette addition donne au regardeur l’ambition de tenter une recomposition des scènes éclatées.
Dans « Confidences » par exemple, un nuage très sombre concurrence l’ombre discrète qui suit la cavalière masquée, ectoplasmique et sans visage. L’âne est par deux fois inachevé : ses deux membres antérieurs se perdent dans le pointillé d’un dessin en devenir, sa tête absorbe le corps d’un homme dont le visage s’émancipe de son propre corps. Une plume apporte une distinction bleue, un petit schéma semble être venu se poser comme dans une planche de l’Encyclopédie et suggère, peut-être la nécessité d’un « plugging ». Nous sommes donc devant ce dessin, dans la dynamique du récit. Avec confiance nous pouvons croire que nous allons sceller le sens de cette charade. Peine perdue, l’élégance dénie la violence implicite, le caractère composite des accessoires met en panne notre imagination recomposante. Sans doute est-ce la force et la dignité du travail de Mohamed Lekleti de nous mettre en panne. Nous savons tout de ces représentations et nous ne savons rien de l’effet e ces représentations sur nous-mêmes.

Damien DEROUBAIX
Né en 1972 à Lille, FR Vit et travaille à Meisenthal, FR

Damien Deroubaix a étudié à Saint-Etienne et en Allemagne (Karlsruhe 1998). Depuis 2003, son travail a été exposé dans les meilleures institutions européennes et a fait l’objet de nombreux solo shows particulièrement en Suisse et en Allemagne. Il a effectué de longs séjours à l’étranger, notamment lors des résidences au Künstlerhaus Bethanien à Berlin (2005) et Iscp à New York (2008). En 2009, il est nominé au Prix Marcel Duchamp. Ses oeuvres font partie des plus grandes collections nationales Musée d´art Moderne Centre Pompidou, Mamc Strasbourg, les Frac Midi-Pyrénées, Limousin et Basse Normandie, Fnac cnap, Musée du dessin et de l’estampe originale de Gravelines et internationales, entre autres celles du Museum of Modern Art New York, du Centre Pompidou Paris, du Mudam, Luxembourg, Saarlandmuseum
Saarbrücken, Museu Coleçao Berardo Lisbonne, Albrecht-Dürer-Haus-Stiftung Nuremberg, Kunstmuseum St Gallen.
La pratique artistique de Damien Deroubaix est marquée par une grande diversité de formes et de techniques : peinture à l’huile, aquarelle, gravure, tapisserie, panneaux de bois gravés, mais aussi sculpture et installation. À cette variété formelle répondent des sources et des références des plus éclectiques, cohabitant souvent au sein de ses œuvres dans un esprit qui n’est pas sans rappeler celui, iconoclaste, des montages Dada. Des motifs empruntés aux danses macabres médiévales s’y mêlent à des évocations de chapitres tragiques de l’histoire contemporaine ; des images d’actualité y côtoient la mythologie ou le folklore ; l’histoire de l’art et la scène musicale metal s’y télescopent. Ouvertement expressionnistes, ses peintures convoquent bien souvent des thèmes apocalyptiques, et c’est peut-être ce qui les rend si intemporels.

Mohamed ELBAZ
Né à Ksiba au Marroc, en 1967, Mohamed Elbaz est diplômé en arts plastiques de l’école Régionale d’Art de Dunkerque en 1989, il obtient en 1992 le diplôme supérieur d’expression plastique à l’école Nationale Supérieur de Paris. Il vit et travaille à Casablanca au Maroc et à Lille en France.

A ras la mémoire !
On raconte que le prophète entra un jour à la maison, trouva une tapisserie (certainement persane) où figuraient des chevaux ailés, qu’Aicha sa jeune épouse rouquine et coquette utilisa pour couvrir « l’armoire » de la maison. Le prophète hostile aux images qui lui rappelaient certainement les idoles tant adulées au temps de son enfance. Il arracha la tapisserie, la déchira en deux et la jeta.
La Femme du Prophète prit les deux morceaux et en concocta deux coussins. Le récit de Aïcha se termine ainsi : « et je vis le prophète s’asseoir sur pour se reposer » !

Que nous dit ce récit entre verticalité et horizontalité ?
Tout simplement que l’image (la même image de surcroît) est dangereuse quand elle est à contempler. Elle devient un simple objet quand on peut la dominer par le corps et le regard !
Le tapis ! Le tapis est une peau du monde ! Une mémoire active ! un récit qui enveloppe le temps !
Celui que les femmes tissent pour le bonheur d’enjoliver leur espace, et celui des autres. Ce « tableau » où les images, les signes et les symboles foisonnent par entrelacs, est actuellement devenu (avec l’industrie technique) un simple ornement. Ce tapis que les anciens utilisaient pour que les pieds sacrés du Monarque ne frôlent pas la terre afin de ne pas en perturber le calme, est ici objet de « dénaturalisation ».

Laissons-nous emporter par le flux des questionnements…
Cette mise en scène artistique que nous apporte-t-elle comme sens ?
Mettre à ras le visage du tapis, le tondre, n’est-ce pas en quelque sorte un acte délibéré d’effacer ses images, le rendre un espace anonyme ?

a-cent-metres-du-centre-du-monde-khamsa-la-nouvelle-exposition

Cette performance est la mise en scène d’une déconstruction de la mémoire. Une mémoire enfantine, collective, personnelle et interindividuelle. Un effacement des signes, un oubli, peut-être, et cependant au-delà de toute conception.
Un acharnement obsessionnel qui met en exergue une volonté de reconstruire l’espace détruit. De le rendre à un vide qui le hante et le projeter dans une indétermination essentielle.
Tondre ce qui était auparavant tendu. Raser ! Un acte d’une violence inouïe, indélébile ! Car les mains qui ont tissé le récit de ce tapis sont les mêmes mains qui lui ôtent toute identification…
L’artiste se multiple ainsi, s’offre à corps perdu à une épopée rythmée par le son des tondeuses, tel Don Quichotte en guerre contre les signes d’un récit éventé !
Cependant, détruire, n’est pas perdre. Il s’agit, comme le dit Bataille d’une dépense (destructive, improductive). C’est ainsi peut-être qu’on restitue à la mémoire une nouvelle fraicheur, une nouvelle page sur laquelle s’écrira un nouveau récit, se tisseront de nouvelles images et une autre œuvre à venir !
http://dai.ly/x1jntyi

Myriam MIHINDOU
Myriam MIHINDOU est née en 1964 à Libreville (Gabon). Elle a vécu au Gabon, sur l’Ile de la Réunion, en Egypte et au Maroc. Actuellement elle vit et travaille à Paris
Courtesy de l’artiste et Galerie Maïa Muller
Concevant la création comme une maïeutique aux vertus thérapeutiques, Myriam MIHINDOU est une artiste pluridisciplinaire, aussi à l’aise avec la photographie, la sculpture, la vidéo, que la performance et l’installation. Née en 1964 à Libreville au Gabon, d’une mère française et d’un père gabonais, elle s’exile en France en 1987. Touchée d’aphasie, trouble du langage parlé comme écrit, elle est en quête d’un moyen d’expression. Elle intègre alors l’École des beaux-arts de Bordeaux, dont elle sort diplômée en 1993. Nourrie des lectures de Marcel Griaule et Michel Leiris et imprégnée des découvertes du Land Art, de Joseph Beuys et d’Ana Mendieta, elle privilégie des matériaux organiques (branche, thé, coton, kaolin, aiguille), pour sonder les potentialités du rituel à travers la performance. Dans une optique de soin et dans une forme ritualisée, l’artiste explore les vases-communicants mettant au jour les vecteurs d’énergies, de tensions et d’émotion. De cette investigation du visible et de l’invisible résultent des œuvres à double tranchant, à la fois violentes et sensuelles, mais toujours puissantes. Puissante comme cette photographie de main piquée d’une multitude d’aiguilles. Dans un acte performatif, elle sculpte son corps à l’aide des aiguilles qui agissent comme des placebos pour révéler sa substance sensorielle et spirituelle qu’elle saisit par la photographie. Comme une intense évocation des Gestalts1, Myriam Mihindou réalise des instantanés tant physiques que psychiques de son corps grâce à un processus visuel rigoureusement ritualisé. La main, motif récurrent dans l’œuvre de l’artiste, est un moyen d’expression dont les gestes produisent un
langage universel sans parole. Cette main piquée d’aiguilles laisse affleurer une communication de l’ordre du pré-linguistique. Formulée non dans le langage des mots mais dans celui des formes et des matières, cette « sculpture de chair » fonctionne comme le sismographe qui enregistre les tensions, les flux d’énergies.

L’artiste sonde l’histoire de la langue française dans son académisme et sa violence à travers le dictionnaire dans la série de La Langue secouée, (2009-2014). Cette dernière est l’occasion pour Myriam Mihindou de confronter sa définition, son imaginaire et son expérience à l’étymologie des mots qui conditionnent des modes de représentation, pour leur insuffler une sensibilité. Dans un processus créatif aux airs de rituel, elle découpe minutieusement les définitions du dictionnaire pour les plier, les enrouler de fils, de coton trempé dans du thé, avant de les piquer d’aiguilles. Par ce geste de pli, de lien, que l’on retrouve dans la plupart des rituels de guérison à travers le monde et les époques, pour contrôler, capter les forces, l’artiste oeuvre à renouer avec sa langue maternelle, à chercher le lien affectif qui lui manque tant. C’est un travail subtil et poétique sur la cristallisation du mot dans l’imaginaire. Ces étymologies deviennent comme des talismans renfermant l’invocation, le secret de l’artiste.
Une affinité entre ses œuvres et les minkisi est particulièrement éclatante. L’artiste franco-gabonaise a recours au même langage plastique que les sculptures du peuple Kongo d’Afrique de l’Ouest, supposées contenir des pouvoirs spirituels et transporter les esprits. L’aiguille, matériau ambivalent, de l’ordre de l’agression et de la guérison, confère un indéniable pouvoir hypnotique aux œuvres de l’artiste, dont les tensions et flux d’énergies s’incarnent dans le réel, créant un lien puissant entre l’œuvre et le spectateur.
L’expression plastique de Myriam Mihindou fonctionne comme un moyen de connaissance, un espace de reconnaissance favorable à une résolution symbolique.

Yazid OULAB
Yazid Oulab, né en 1958, vit et travaille à Marseille. Il a poursuivi dans cette ville ses études à l’Ecole des Beaux-arts après un premier diplôme obtenu à l’issue du cursus de celle d’Alger.

Yazid Oulab joint le geste à l’action, le visuel et le sonore, le plastique et la pensée. Mieux encore, celui-ci associe toujours dans sa pensée plastique le travail manuel de l’ouvrier artiste et les réflexions intellectuelles qui accompagnent cet effort. Les situations proposées ne sont pas illustratives mais métaphoriques. Elles sont proposées au regard pour susciter un prolongement interrogateur […] Chez lui l’accentuation des procédures créatives et l’accent mis sur les matériaux à la base de l’œuvre s’accompagnent d’interrogations sur les moyens d’aller au-delà de la matérialité afin d’ouvrir sur de multiples significations que l’art peut proposer.
Cet artiste a développé une belle capacité à relier les mondes. Parce que la relation aux gestes, aux outils et aux matériaux est plus sensible et spirituelle que matérielle, chacune des œuvres de cet artiste est à la fois objet et idée, réalité concrète et ouverture sur l’imaginaire culturel. La religion, au meilleur sens du terme, est presque toujours présente. La plupart des pièces accrochées manifestent un lien avec les gestuelles religieuses et même les figures du mysticisme. De par sa double formation, orient et occident, Yazid Oulab donne à voir les liens entre les deux rives de la méditerranée, entre les cultures issues des mondes musulmans et chrétiens. Avec du fil de fer barbelé il dessine des gestes de mains en prière. Avec une mine graphite insérée dans une perceuse il dessine aussi bien des figures géométriques comme des cercles mais aussi des représentations de volumes (cylindre) mais aussi un grand Christ (2,20 m). Cet usage à contre-emploi de l’outil est intéressant : l’usage de l’instrument inadéquat déplace l’habilité et dépersonnalise le geste de tracer. L’acte de création est désubjectivisé puisque la concentration de l’auteur est autant portée sur le contrôle de l’outil que sur la réalisation d’une forme intentionnelle. Ce geste dont il ne savait rien la première fois, il l’a perfectionné jusqu’à ce qu’il devienne aujourd’hui pour lui, et pour lui seulement, une technique.

Dans certaines de ses créations Yazid Oulab ose le geste accidentel, il prend le risque de l’échec. Mais dans cet abandon du contrôle il se rapproche du système naturel.
La gomme, le graphite, l’encre et le calame, un texte de Rimbaud écrit en fer forgé : on comprend que ce plasticien entretient une relation privilégiée avec l’écriture. Les clous eux-mêmes, réalisés en bois, en verre, en graphite, en métal, et en toutes tailles, très présents dans les différentes expositions de cet artiste, peuvent être relié à l’écriture. Des clous dits de fondation en terre crue étaient insérés dans la base de murs des temples et des constructions importantes dans les traditions sumériennes et égyptiennes.
Malgré les reprises de certains matériaux (fils de fer barbelés, graphite, encre, acier poli), la répétition de certaines figures ou la réitération des mêmes gestes dans les vidéos, les visiteurs de ses expositions repartent de celles-ci avec un sentiment d’ouverture et de liberté. Les oeuvres produites sont graves mais jamais tristes parce qu’elles ne sont pas fermées. Techniquement parfaitement finies, elles laissent les significations ouvertes. Formes et gestes ont été conçus pour permettre que se produise une multitude d’associations de pensées que les mots eux-mêmes peinent à cerner.
Relier une thématique consensuelle à la singularité d’une démarche personnelle en lui donnant une actualité est le trait des meilleurs artistes.

INFOS PRATIQUES
Où : Centre d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde
3, avenue de Grande Bretagne, 66000 PERPIGNAN
Quand : du 19 janvier au 17 mars 2019
Vernissage : Vendredi 18 janvier à partir de 18h30
Tarif normal: 5 euros
Tarif réduit: 3 euros
Gratuit pour les moins de 18 ans
Horaires : Ouvert de mardi à dimanche de 14h à 18h
Web : www.acentmetresducentredumonde.com
Contact : contact@acmcm.fr

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.